Le verdict était attendu. Accusé par AMD d'abus de position dominante et d'un comportement anticompétitif, poursuivi par plusieurs plaintes de son concurrent (en 2000, 2003 et 2006), Intel vient d'être condamné pour violation de l'article 82 de l'Antitrust Act par la Commission Européenne, laquelle a décidé de lui infliger une amende record de 1,06 milliard d'euros (soit 4,15 % de son chiffre d'affaires). La Commission demande en outre à Intel de stopper immédiatement ses activités jugées illégales, sous peine de nouvelles amendes. La précédente amende record était celle contre Microsoft, qui avait dû verser 899 millions d'euros.

Intel s'est en effet rendu coupable de pratiques ayant mis en difficulté ses concurrents (particulièrement AMD) et lui permettant de s'accaparer 70 % du marché des CPU. Ainsi, Intel offrait d'importantes réductions tarifaires aux fabricants (dont Acer, Dell, HP, Lenovo et NEC) qui achetaient au minimum 80 % de leurs processeurs chez lui, des remises occultes destinées à retarder ou bloquer le lancement de nouveaux produits dotés de processeurs AMD et qui pouvaient parfois atteindre 95 voire 100 % du prix catalogue ! Le fabricant américain avait également payé le distributeur MediaMarkt (Media-Saturn Holding) pour qu'il ne vende exclusivement que des processeurs Intel entre 2002 et 2007.

AMD s'est félicité du verdict : « le pouvoir ne sera plus aux mains d'un monopole mais dans celles des fabricants d'ordinateurs, des distributeurs et des consommateurs ». Intel a évidemment annoncé qu'il fera appel de la décision : « nous contestons vivement (cette décision) que nous jugeons déplorable et qui fait fi de la réalité d'un marché où règne une très forte concurrence, caractérisée par une innovation constante, des produits toujours plus performants et des prix en baisse. Les consommateurs n'ont été lésés en rien ». Mais Intel devra néanmoins bloquer le montant de l'amende sur un compte en attendant le verdict final, ce qui devrait prendre plusieurs mois ou quelques années. Rappelons que le fabricant américain a déjà été condamné au Japon et en Corée du Sud, et est sous la menace des conclusions de plusieurs enquêtes aux USA.

Cette décision arrive dans un contexte tendu entre Intel et AMD, le premier accusant le second de violation de son accord de licences croisées en transférant la fabrication de ses processeurs à l'entité GlobalFoundries, détenue en majorité par un fond souverain d'Abu Dhabi, ATIC (Advanced Technology Investment Company). AMD accuse de son côté Intel de ne pas respecter la procédure prévue dans l'accord, et menace à son tour de lui retirer ses droits sur les brevets d'AMD.