Depuis que Bill Gates avait annoncé qu’Internet n’avait pas d’avenir, Google avait compris qu’une voie était désormais tracée pour conquérir progressivement le terrain que Microsoft ne souhaitait pas investir. Quand Microsoft s’est rendu compte de sa bourde, il était déjà trop tard : Google venait de s’accaparer la place du moteur de recherche préféré des internautes, en raflant au passage la manne du marché publicitaire sur Internet. Depuis, Microsoft tente de reprendre des parts de marché, mais en vain. Il suffit de constater l’évolution du moteur de recherche de Microsoft, MSN, devenu Live Search puis dernièrement Bing, qui malgré ses qualités indéniables n’a réussi qu’à rassembler en juin que 8,23 % des internautes américains (contre 78,48 % pour Google et 11,04 % pour Yahoo). Notez que c’est quand même un peu plus que Live Search (environ 7,5 %), et que Bing.com se classe comme le 13ème site le plus fréquenté aux USA, alors que tous les services n’ont pas encore été lancés.

Mais Google a une vision bien plus large, puisqu’il espère, en s’appuyant sur ses services web, remplacer à terme Microsoft, pas moins. Ainsi sont apparus des services en ligne concurrents de Microsoft Office (Google Documents), un navigateur Internet (Google Chrome), et plus récemment un système d’exploitation pour mobile (Google Android) qui est en passe de concurrencer Windows Mobile. Il est temps désormais pour Google de s’attaquer au cœur de métier de Microsoft, c'est-à-dire à Windows. C’est sur son blog officiel que Google a dévoilé son nouveau projet, Google Chrome OS, un système d’exploitation destiné principalement aux netbooks, et qui sera disponible au second semestre 2010. Pour le moment, peu d’informations ont filtré sur ce système, qui semble être encore à l’état embryonnaire. Open source (basé sur Linux, le code source sera d’ailleurs publié fin 2009), il se veut léger, simple, doté d’une interface en mode fenêtrée et minimaliste, connecté mais sécurisé, et centré autour du navigateur Chrome pour s’appuyer sur des services en ligne : « Comme nous l'avons fait avec notre navigateur Google Chrome, nous revenons aux fondamentaux et repensons complètement l'architecture qui sous-tend l'ensemble du système, de façon à ce que les utilisateurs n'aient pas à se préoccuper des virus, des malwares ou de mises à jour de sécurité. Ça doit simplement fonctionner ». Le travail des développeurs sera simplifié puisque les applications en ligne existantes fonctionneront avec Chrome OS.
Compatible x86 et ARM, le système sera distinct d’Android (même si des composants communs sont envisagés). Rappelons que plusieurs constructeurs envisageaient d’utiliser Android sur les netbooks pour pallier les frais engendrés par Windows XP, c’est donc une des raisons pour laquelle Google semble anticiper cette annonce. Enfin, Google Chrome OS sera évidemment gratuit.
Et Google frappe fort, en dévoilant les noms des fabricants qui le soutiennent : Acer, Adobe, Asus, HP, Lenovo, Qualcomm, Texas Instruments, et Freescale. Mais le partenaire le plus étonnant n’a pas été cité par Google : c’est en effet Intel lui-même qui l’a dévoilé : « Nous travaillons avec Google sur différents projets, ainsi que sur des éléments relatifs à celui-ci. Nous avons été informés de ce projet il y a quelque temps ». En outre, alors qu’Intel travaille sur son propre système d’exploitation léger, Moblin, plusieurs fabricants affirment qu’Intel serait en pourparlers avec Google pour développer des MID avec ses systèmes d’exploitation. De quoi faire exploser le couple « Wintel » ?
Il est clair que la fenêtre de lancement est une véritable opportunité pour Google. Au top de la popularité, face à un Microsoft très critiqué, un Windows Vista contesté et un futur Windows 7 non encore adopté par les entreprises, Google a une vraie carte à jouer.

Et Microsoft dans tout ça ? Et bien ce dernier ne se démonte pas. Confiant sur l’adoption de Windows 7, déjà annoncé comme un futur succès, l’éditeur va une nouvelle fois tenter de faire vaciller Google en l’affrontant sur son propre terrain, celui des services en ligne. Et Microsoft frappe fort également : il annonce sur son blog que la version en ligne d’Office 2010 (comprenant Word, Excel, Powerpoint et Onenote), Office Web Applications 2010, sera disponible au premier semestre 2010, et sera… gratuite ! Bien évidemment, la contrepartie sera une limitation des fonctionnalités (même si cette suite restera plus puissante que Google Documents) et une restriction du travail collaboratif à Word. Elle fonctionnera sous Windows et MacOS X, avec Internet Explorer, Safari et Firefox. Elle devrait vraisemblablement fonctionner également sous Linux, ce qui est une première pour Microsoft. Deux autres versions en ligne, destinées aux entreprises et plus complètes, sont également prévues mais seront payantes (sous la forme d’un contrat annuel ou d’un abonnement). Une version pour smartphone est également annoncée, sous le nom Mobile 2010, qui reposera sur le cloud computing. Avec cette force de frappe, Microsoft va évidemment en profiter pour rediriger les internautes vers son moteur de recherche et ses autres services en ligne. 2010 risque d’être le théâtre d’une bataille très agitée entre les deux géants…