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jeudi 26 juin 2008

Hadopi, taxe sur les opérateurs : le ton monte entre le gouvernement et les FAI

L'AFA (Association des fournisseurs d’accès et de services Internet) et Free ont publié un communiqué commun pour dénoncer le texte du projet de loi « Création et Internet » (plus connu sous le nom Hadopi), trop éloigné selon eux des accords de l'Elysée, lesquels avaient permis d'aboutir au rapport Olivennes et de poser le principe de la riposte graduée. Ainsi, il dénoncent :
- la mise en place de mesures de filtrage (article 5 du texte) portant sur les contenus et l'accès au réseau, alors que les accords exigeaient des expérimentations jusqu'à fin 2009
- une fausse gradation des mesures, puisque l'Autorité n'aura aucune obligation de respecter toutes les étapes d'avertissement pour prendre des sanctions
- l'absence de recours pour les titulaires de lignes accusés, bafouant les droits de la défense (le recours n'est d'ailleurs pas suspensif)
- l'absence d'un dispositif pour répondre aux questions ou contestations des internautes
- un calendrier trop serré, comme l'avait précédemment soulevé l'ARCEP
- l'absence de réflexion préalable sur les moyens techniques pour bloquer l'accès au réseau sans bloquer les autres services (TV ou téléphone)
- l'absence de réflexion préalable sur le périmètre de blocage d'Internet, alors que certains services sont jugés indispensables (quid de l'accès aux e.mails ? l'accès aux services publics ?)
- le silence sur la prise en charge financière des frais des opérateurs (alors que dans le même temps le texte prévoit déjà des sanctions financières pour chaque manquement à leurs obligations)
- l'oubli total de réflexion sur les offres légales et compétitives, alors que les négociations avec les ayants droit sur la chronologie des médias et sur l'ouverture des catalogues sont au point mort
Les FAI demandent donc au gouvernement de revoir sa copie, et aux parlementaires d'amender le texte pour revenir à l'équilibre trouvé lors de la signature des accords.

Mais le gouvernement a de son côté préparé une autre mauvaise surprise pour les FAI. En effet, alors que la Commission Copé préconise dans son rapport pour le financement de la télévision publique un prélèvement de 0,5 % sur le chiffre d'affaires des opérateurs de téléphonie (fixe et mobile) et des FAI (ce qui était déjà dénoncé par ces derniers), Nicolas Sarkozy a choisi d'imposer une taxe à hauteur de 0,9 %, ce qui représente au total 380 millions d'euros, en estimant qu'elle sera indolore pour les opérateurs au vue de leurs marges. Un projet de loi sera étudié à la rentrée, pour une mise en application dès le 1er janvier 2009. Franck Esser, le président de la Fédération française des télécoms, indique qu'une « telle taxe serait extrêmement dangereuse pour ce secteur, qui est l'un des moteurs de la croissance en France ». La Commission européenne voit également d'un mauvais oeil cette proposition, puisque Viviane Reding s'était déjà exprimé contre un nouvel impôt sur les opérateurs. Martin Selmayer, le porte-parole de la Commission européenne, indique qu'il « est acceptable de faire payer des frais administratifs mais pas des impôts additionnels, qui sont considérés comme un obstacle à la libre circulation ». Maxime Lombardini, le directeur général d'Iliad, a déjà annoncé que Free était prêt à abandonner ses sacro-saints 29,99 € par mois pour répercuter intégralement la taxe sur la facture de ses clients. Les membres de l'AFA ont indiqué avoir la même position.
Enfin, outre la téléphonie et Internet, les internautes devraient être une troisième fois mis à contribution, puisque la Commission Copé prévoit d'élargir l'assiette de la redevance à tous les appareils capables de recevoir la télévision (ordinateur et téléphone mobile compris).

mardi 24 juin 2008

La cour de cassation valide le filtrage du site AAARGH

Après 3 ans de procédure, la justice a définitivement validé le principe de filtrage des sites Internet. La cour de cassation vient en effet de rejeter le pourvoi de l'AFA (Association des fournisseurs d'accès) dans le cadre de l'affaire du site révisionniste Aaargh (Association des anciens amateurs de récits de guerre et d'holocauste), dont la justice avait ordonné le blocage par tous les FAI français suite à une procédure engagée par des associations antiracistes, qui faisaient appel à la loi LCEN. Les FAI avaient contesté cette décision, en indiquant que les directives européennes obligeaient les juges à s'attaquer en priorité aux hébergeurs avant d'imposer des mesures techniques aux FAI, en soulignant que la mesure prise était parfaitement inefficace, et également disproportionnée puisque le blocage n'est pas limité dans le temps. Mais selon la Cour de cassation, la loi permet que l ’on exige d'un FAI « toutes mesures propres à prévenir ou à faire cesser un dommage occasionné par le contenu d’un service de communication au public en ligne », et « la prescription de ces mesures n'est pas subordonnée à la mise en cause préalable des prestataires d'hébergement » qui sont, eux, responsables des contenus. Enfin, « c'est à bon droit que la cour d'appel qui n'a méconnu ni le principe de proportionnalité, ni le caractère provisoire des mesures précitées a statué comme elle l'a fait ». Voilà donc une décision qui satisfera tous ceux qui sont partisans du filtrage du web.
Il n'en reste pas moins que l'efficacité de la mesure est toute relative, puisqu'une simple recherche dans Google permet de vérifier que le site est parfaitement accessible via les très nombreux sites miroirs mis en place...

jeudi 12 juin 2008

Filtrage des sites pédophiles et Charte "Confiance en ligne" : les FAI contredisent les propos d'Alliot-Marie

Nouvelle cacophonie entre le ministère de l'Intérieur et les FAI : l'AFA (Association des fournisseurs d'accès et de services internet) affirme désormais qu'il n'y a pour le moment aucun accord signé avec le gouvernement. Pire, selon son président, Daniel Fava, les FAI ne semblent toujours pas d'accord sur le principe même du filtrage : « Notre position n'a pas changé : il y a un problème d'efficacité, puisque le filtrage dans les réseaux des FAI peut être aisément contourné. De plus, les équipements à mettre en place pour filtrer sont onéreux, pour une efficacité limitée ». Si l'AFA s'exprime favorablement sur le principe de création d'une liste noire, il refuse de prendre la responsabilité de la mise en place technique des solutions de blocage des sites, et demande donc une période d'expérimentation.
Concernant le reste de la Charte, l'AFA dénonce un manque de précision technique et juridique du texte, qui mélange allègrement le statut des FAI avec celui des hébergeurs. L'association demande en outre que soit explicitement indiqué pourquoi un port doit être bloqué au niveau des box des abonnés : « On pourrait un jour demander aux FAI de bloquer les box des internautes qui vont trop souvent sur des sites illégaux ou qui utilisent trop le peer-to-peer. Nous ne voulons pas devenir des big brothers, ni que les internautes se sentent espionnés par leur FAI ». Afin de simplifier la charte, les FAI ont proposé la mise en place d'un groupe de travail, qui rendra sa copie courant juillet. Enfin, les FAI expriment leur incompréhension entre le discours de Michèle Alliot-Marie (qui annonce un projet de loi pour officialiser le filtrage) et la tentation du ministère de faire signer au plus vite une charte au périmètre bien plus vaste par tous les FAI français.