C’est
une déclaration au quotidien Libération que le ministère de la Culture a choisi
pour mettre fin à l’affaire Jérôme Bourreau-Guggenheim, licencié récemment par
TF1 pour son opposition à la loi Création et Internet (voir précédente
newsletter). Elle confirme qu’un membre du cabinet de Christine Albanel avait
bien transmis l’e.mail de critiques à la chaine privée, tout en préférant taire
le nom du responsable : « Dans le cadre des informations demandées par
Christine Albanel au sujet de l’e.mail de Jérôme Bourreau-Guggenheim, est
apparu qu’une copie de ce document, qui avait été adressé par Françoise de
Panafieu, a bien été transmis en effet à la chaîne TF1 fin février par l’un de
ses collaborateurs. Christine Albanel a déploré cet envoi qu’elle considère
comme étant une erreur regrettable. Elle a refusé la démission que lui avait
remis ce collaborateur et a décidé de le suspendre immédiatement de ses
fonctions présentes pendant une durée d’un mois ». Une sanction plutôt
légère vu les faits… Rappelons que selon Electronlibre.info, ce collaborateur
serait Christophe Tardieu, qui n’est autre que le directeur adjoint du cabinet
de la ministre.
Christine Albanel n'est d'ailleurs plus à une polémique près. Une enquête publiée sur le blog de Benjamin Ferran de l’Expansion a dévoilé que le ministère de la Culture a modifié de manière anonyme (mais son adresse IP l’a trahi…) l’article de Wikipédia concernant la loi Hadopi, en particulier pour minimiser l’impact de l’amendement Bono et pour faire la promotion du site jaimelesartistes.fr…
Pendant ce temps, la situation s’envenime à TF1. La branche syndicale USNA/CFTC du groupe a demandé dans un communiqué à la direction de « réaffirmer à ses salariés la garantie des libertés individuelles, d'opinions et d'expression, à titre privé […] Au-delà des convictions personnelles des uns et des autres, l'USNA/CFTC tient à ce que la loi et les libertés individuelles soient respectées au sein de l'entreprise ». Et elle ajoute : « Selon la direction, il semblerait que Jérôme Bourreau ait engagé l'entreprise en écrivant au député. La direction devra répondre à cette question pour clarifier cette affaire ». Le prochain comité d’entreprise, prévu fin mai, risque d’être agité… Du côté du Parti Socialiste, le député Patrick Bloche propose l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les relations entre le pouvoir et les grands groupes de médias français. Et dénonçant la décision « a minima » de Christine Albanel, il ajoute ironiquement : « la ministre ne sait que suspendre : elle suspend les internautes dans le projet de loi Hadopi, elle suspend son collaborateur ».
Pour en revenir au projet de loi, les prises de position se multiplient. C’est ainsi le cas des membres du groupe My Diet Pill qui, dans un communiqué publié sur Facebook, se disent opposés au texte, lequel pourrait faire disparaitre selon eux leur moyen de promotion le plus efficace. De son côté, l’Adami (une société de gestion collective qui gère les droits de 100.000 artistes), dénonce dans un communiqué une dérive du projet de loi et l’instrumentalisation des artistes par chacun des camps qui s’affrontent sur le texte : « A l’heure où la division supposée - celle des artistes entre eux, celles de certains artistes avec la gauche – fait la une des quotidiens et anime les plateaux de télévision, il est urgent de remettre les choses à leur place. Non, il n’y a pas zizanie, et si les artistes ne sont pas alignés comme un seul homme, pour ou contre l’Hadopi, c’est tout simplement parce que personne ne l’est […] L’Adami condamne cette instrumentalisation qui méprise les artistes à double titre : elle les réduit à des rôles d’utilité dans une surenchère dont personne ne sortira gagnant, et elle néglige leurs intérêts fondamentaux […] Le temps passé à ergoter sur les possibilités techniques d’une régulation des usages sur le web est perdu pour tout le monde, et en premier lieu pour les artistes ».
Enfin, du côté des FAI, on fait dans la surenchère. Dans un e.mail transmis par la Fédération Française des Télécoms aux députés, on découvre que le coût réel du projet de loi est beaucoup plus grand que ce qui était prévu au départ : la FFT ne parle plus de 70 millions d’euros mais de 100 millions d’euros, et ceci uniquement pour couvrir les frais de développements techniques permettant la mise en place d’un mécanisme de suspension de l’accès Internet. Ce montant ne couvre donc pas « les coûts correspondant aux demandes d'identification des internautes, envoi de mails, mise en place de la blacklist, coût de la solution technique pour l'industrialisation des systèmes d'information afin de répondre aux demandes d'identification des internautes ... qui excèderont également et de très loin les 100 millions d'euros » ! Rappelons que le budget de la Culture pour l’Hadopi n’est que de 6,7 millions d’euros pour 2009…
C'est
décidément une mauvaise semaine pour TF1. Après avoir annoncé un avertissement
sur ses résultats (chiffre d'affaires en recul de 18 %, chute de 27 % des
recettes publicitaires, perte opérationnelle de 10 à 15 millions d'euros au
premier trimestre), c'est la publication par Libération et Ecrans.fr d'une
autre affaire qui vient d'ébranler le premier groupe audiovisuel français.
Jérôme Bourreau-Guggenheim, le responsable du pôle innovation web de TF1, vient
en effet d'être licencié dans des conditions plus que douteuses pour avoir
critiqué le projet de loi Création et Internet.
Le Parlement
européen a une fois de plus montré sa défiance vis-à-vis de la riposte graduée
à la française. L’amendement 138/46 ou amendement Bono/Cohn-Bendit, qui oblige
les états membres à faire appel à l’autorité judiciaire avant toute suspension
de l’accès à Internet, a en effet encore été adopté massivement par les
eurodéputés (407 pour, 57 contre et 171 abstentions), au détriment du texte de
compromis proposé par Catherine Trautmann. Il faut signaler que cette dernière
a elle-même appelé à voter pour l’amendement Bono, après que présidente de
séance ai accepté d’inverser à nouveau l’ordre des votes (cf article « Le
feuilleton Hadopi : le texte en passe d’être adopté par les députés ») à la
demande des Verts… C’est donc un nouveau camouflet pour Nicolas Sarkozy
et la loi Création et Internet, puisque c’est la cinquième fois que
l’amendement est voté contre la volonté du gouvernement français. On se
rappellera pour mémoire que Nicolas Sarkozy avait précédemment envoyé une
lettre à José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, lui
demandant de supprimer ce texte… un geste que ce dernier avait sèchement
refusé.
L’étude du texte
du projet de loi Création et Internet a repris à l’Assemblée Nationale. Sans
surprise, l’ensemble des amendements de l’opposition a été rejeté, mais les
débats prennent plus de temps que prévu, puisqu’il reste encore une centaine
d’amendements à étudier. Néanmoins, le vote solennel de la loi ne devrait
plus être long à intervenir. Notez que Christine Albanel a souhaité que
l’Hadopi soit mis en place dès cet été.
La Commission des
lois de l’Assemblée nationale a adopté le nouveau texte du projet de loi
Création et Internet qui sera représenté aux parlementaires ce 29 avril (le
calendrier étant chargé, les débats seront stoppés dès le lendemain, la séance
suivante étant prévue le 5 mai). Sans surprise, le texte est désormais très
proche de celui qui avait été adopté en Commission Mixte Paritaire et avait été
étudié une première fois à l’Assemblée, c’est donc la version la plus dure du
texte : rejet de l’amnistie des internautes poursuivis avant la mise en œuvre
de l’Hadopi, rétablissement de la double peine (le paiement de l’accès à
Internet ne sera pas stoppé pendant la suspension de l’accès), et l’amende
comme solution alternative à la coupure de l’accès a de nouveau été rejetée.
Selon le député socialiste Christian Paul, le rapporteur du texte (le député
UMP Frank Riester) a même tenté de donner à l’Hadopi le pouvoir de surveiller
le contenu des pièces jointes des e.mails ! Fort heureusement, cet amendement
n’a pas été retenu…
La malchance s'abat une
fois de plus sur la ministre de la Culture Christine Albanel. À une semaine de
la reprise des discussions suite au rejet inattendu de la loi Création et
Internet à l'Assemblée Nationale, un coup supplémentaire est porté au projet de
loi. C'est cette fois de la Commission ITRE (Industrie, Recherche et Energie)
du Parlement Européen que provient l’attaque : elle vient en effet de
réintroduire une nouvelle fois l'amendement 138/46-135 (plus connu sous le nom
amendement Bono - Cohn-Bendit) dans le texte de la directive Paquet Télécom,
qui avait été adopté par 88 % des députés européens avant d'être mis sur la
touche par le Conseil Européen sous l'impulsion de la présidence française.
Rappelons que cet amendement rend caduque la loi Hadopi, puisqu'elle indique
qu'aucune « restriction aux droits et libertés fondamentales des
utilisateurs finaux [d'Internet] ne doit être prise sans décision préalable de
l'autorité judiciaire ». La réintroduction de l'article a d'ailleurs été
votée à une écrasante majorité (40 voix pour, 4 contre et 2 abstentions). Les
craintes qui avaient laissé croire que le rapporteur du texte, Catherine
Trautmann, aurait pu accepter à la dernière minute une version de compromis se
sont finalement envolées, puisqu'elle a rejeté toutes les propositions
alternatives du Conseil Européen. Le texte devrait désormais être voté par le
Parlement le 5 mai au matin... alors que le gouvernement espère que la loi
Création et Internet soit votée le 5 mai après-midi!