Voici une nouvelle illustration de
l’incroyable pouvoir de nuisance des DRM, cette fois-ci appliquée aux livres
électroniques. Des américains, possesseurs de l’ebook Kindle d’Amazon, ont
découvert avec stupéfaction que certains titres (parmi une centaine) qu’ils
avaient achetés et téléchargés sur leurs appareils, tous édités par l’éditeur
MobileReference, avaient été supprimés à distance par le site marchand et
automatiquement remboursés, et ceci en toute discrétion et sans aucun
avertissement ! En effet, des ayants droit ont indiqué à Amazon que
MobileReference ne possédait pas les droits des titres commercialisés, Amazon
n’effectuant apparemment aucun contrôle préalable. Pour éviter les poursuites,
la librairie en ligne a choisi une méthode radicale et contestable, en
déclenchant un effacement des fichiers à distance (le Kindle intègre en effet
une carte SIM et exploite le réseau de Sprint pour acheter et télécharger les
livres) et en retirant les titres de son site. Pour l’anecdote, un étudiant
accuse Amazon d’avoir détruit son propre travail, puisqu’il a perdu les
annotations qu’il avait ajoutées à un livre qui a été effacé. L’opération
aurait été évidemment impossible avec un exemplaire papier…
Par une étonnante et amusante coïncidence, on trouve parmi ces titres le célèbre « 1984 » de George Orwell (qui n’est pas libre de droit aux USA – ni en Europe d’ailleurs - contrairement à d'autres pays comme le Canada), où l’auteur décrit la surveillance à distance de la population, une police de la pensée, et une autorité morale supérieure qui décide de ce qu’il est bon ou non de lire. Les internautes ont évidemment très rapidement fait le rapprochement avec l’attitude hallucinante d’Amazon, dont le geste est en outre en contradiction avec ses propres conditions de service puisqu’il précise que les consommateurs ont acquis « le droit de conserver une copie permanente du contenu numérique et de le visualiser, de l'utiliser et de l'afficher sans limitation ». Peu flatté de cette comparaison, un porte-parole du site marchand a reconnu qu’une telle opération était « une mauvaise idée et que le système allait être modifié de manière à ce qu'une telle manœuvre ne soit plus nécessaire ».
Toutefois, ce n’est pas la première fois que ce genre d’affaires se produit, puisqu’un cas similaire avait touché des livres de Stephenie Meyer et de J.K. Rowling. Mais cette fois, la médiatisation de la polémique pourrait obliger Amazon à trouver une solution plus acceptable. Notez que pour éviter la destruction de l’exemplaire électronique d'un titre, il est possible de sauvegarder une copie sur son ordinateur… Dans tous les cas, cette affaire risque de rendre plus méfiants les consommateurs envers les livres électroniques, et du Kindle en particulier.
Mise à jour du 26 juillet 2009 : Jeff Bezos, le PDG et fondateur d'Amazon, a publié les excuses d'Amazon sur le forum du site : « Ceci est une excuse pour la manière dont nous avons géré la situation des ventes illégales de 1984 et d'autres romans sur le Kindle. Notre "solution" au problème manquait de considération, était stupide et nous avons largement dépassé les limites de nos propres principes. Nous nous sommes infligés cette punition et nous méritons les critiques que nous avons reçues. Nous tirerons les leçons de cette erreur douloureuse pour prendre de meilleures décisions à l'avenir, en accord avec notre mission ».