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vendredi 19 septembre 2008

La Commission Européenne dynamite le projet français de révision des responsabilités des intermédiaires techniques

Le gouvernement français a ouvert en juin dernier une consultation publique sur le bilan de la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN), afin de revoir le régime de responsabilité des hébergeurs de contenus sur Internet et de l'adapter au web 2.0, pour alimenter le plan Besson pour le développement de l'économie numérique qui sera présenté fin septembre. Les réponses étaient attendues jusqu'au 18 juillet dernier.
Le gouvernement a fait peu de retour sur ces réponses. Pourtant, celle du CSPLA (Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique) est intéressante à plus d'un titre, et le gouvernement n'a pourtant pas jugé utile de rendre le rapport public. Dans une version de juin, le rapport explique que le statut des hébergeurs est dépassé, car il ne correspond plus à la réalité. Il n'existe par exemple pas de distinction entre éditeur d'un service et éditeur de contenus. En outre, le CSPLA point du doigt certaines imprécisions du texte (par exemple sur les informations personnelles que l'hébergeur doit conserver sur l'hébergé), et donc sur les divergences d'interprétation du texte devant les tribunaux. Le Conseil, qui se garde bien de fournir une conclusion à son rapport (sous prétexte d'une durée d'étude trop courte) explique toutefois que les ayants droit n'ont pas réellement les moyens de faire respecter leur propriété intellectuelle sur les sites participatifs, et demande donc la mise en place d'aménagements entre ayants droit et prestataires Internet. Dans le contexte de la présentation du futur projet de loi Création et Internet, on peut se douter que le ministère de la Culture n'est pas prêt à ouvrir ce débat qui risque d'être très polémique...

Bien évidemment, le gouvernement français a transmis le texte de la consultation publique à la Commission Européenne... laquelle a répondu très sèchement aux propositions françaises. Jörgen Holmquist, le directeur général de la direction générale Marché intérieur et services de la Commission, a ainsi clairement indiqué que « la commission européenne ne juge pas utile et nécessaire de procéder à une révision de la Directive Commerce Électronique. [...] Si la France concluait de son côté à la nécessité d’une révision de la loi de Confiance dans l’Économie numérique, il va de soi qu’elle devrait être notifiée au stade de projet au titre de la directive 98/34 afin de s’assurer préalablement de la compatibilité des nouveaux textes avec le droit communautaire ». En outre, il rejette les demandes des ayants droit, en indiquant que les services web 2.0 sont bien couverts par les textes européens, contrairement à ce qu'indique le texte de la consultation. Voilà donc une nouvelle difficulté pour le ministère de la Culture, qui continue d'accumuler les refus européens sur ses projets...

samedi 23 août 2008

Le délai de prescription des délits de diffamation sur Internet pourrait passer à 1 an

La député UMP de Moselle Marie-Jo Zimmermann a déposé fin juillet une proposition de loi pour faire passer le délai de prescription des délits de diffamation sur Internet de 3 mois à 1 an, ce qui constituerait donc une différence par rapport à la presse écrite. Un groupe de sénateurs avait déposé fin juin une proposition équivalente, mais en écartant les reproductions du contenu de la presse écrite. Dans les 2 cas, le délai actuel, qui avait été fixé lors du vote de la loi LCEN en 2004, est jugé beaucoup trop court pour un tel média, protégeant donc les auteurs de faits de diffamation, d'injures ou d'incitation à la violence.
Toucher à ce point sensible s'est dans le passé toujours révélé conflictuel. En 2001, la Cour de cassation avait jugé que le délai de prescription devait débuter à la date de mise en ligne du contenu incriminé. En 2004, le Conseil Constitutionnel avait retoqué un article de la LCEN proposé par l'ex-ministre de l'Industrie Patrick Devedjian, qui avait tenté de faire débuter ce délai à partir de fin de mise à disposition du contenu au public (ce qui rendait les délits de diffamation quasiment imprescriptibles).