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lundi 27 juillet 2009

Le naufrage de Pirate Bay ?

L'histoire se répète une nouvelle fois, c'est à croire que les ayants droit oublient trop rapidement les leçons du passé. The Pirate Bay suit en effet très exactement la même destinée que feu-Napster.

Très populaire, le service peer-to-peer Napster avait été rapidement mis en difficulté par les majors du disque qui avaient lancé contre lui de nombreuses poursuites judiciaires. Ne pouvant plus suivre d'un point de vue financier, Napster fut dans l'obligation de collaborer en stoppant son service, puis en vendant tous ses actifs à un ayant droit, Bertelsmann (BMG), qui l'avait auparavant financé car il voyait en lui une bonne occasion pour lancer un site légal de vente de musique avec une solide base de clients. Mais ce fut un échec, car dès l'arrêt de Napster, les internautes se sont immédiatement détournés du site pour rejoindre les très nombreux services peer-to-peer concurrents ayant éclos dans sa foulée (en particulier KaZaA), qui offraient une plus grande souplesse d'utilisation et un plus grand choix de fichiers. Ironiquement, l'affaire s'est très mal terminée pour Bertelsmann, puisque la justice a bloqué la vente de Napster, et lui a imposé de verser des centaines de millions d'euros pour avoir continué d'exploiter le service sans mettre en place un dispositif de filtrage des titres protégés par le droit d'auteur. Ruiné par cette affaire, BMG a par la suite été racheté par Vivendi Universal, alors que Napster a de son côté été racheté par Roxio afin de lancer le service actuel.

Maintenant, remplacez dans le paragraphe précédent Napster par The Pirate Bay, et Bertlesmann par Global Gaming Factory X, et vous aurez une petite idée de la situation actuelle (et future).

La pression judiciaire : Pour rappel, les administrateurs de The Pirate Bay ont été condamnés par le juge Tomas Norström en première instance à un an de prison et 3 millions d'euros de dommages et intérêts. Outre la procédure d'appel toujours en cours, ils comptaient sur un vice de procédure pour annuler le premier procès, puisque le juge avait dissimulé son appartenance à des organisations de protection du droit d'auteur en tant que membre et administrateur, ce qui faisait porter de lourds soupçons sur l'impartialité du procès. Mais le juge de la cour d'appel de Stockholm, Anders Eka, a estimé que les liens de Norström avec ces organisations n'avaient pas suffisamment influencé sa décision pour annuler le jugement de première instance, qui se voit donc validé. Les fondateurs du site ont annoncé leur intention de saisir la Cour européenne des droits de l'Homme. Rappelons que Anders Eka avait lui-même été mis en cause pour son appartenance au Centre de Stockholm pour le Droit commercial, où il travaille avec Monique Wasted et Peter Danowsky, les avocats des ayants droit lors du procès contre The Pirate Bay.

Le rachat : A la surprise générale, les administrateurs de The Pirate Bay ont annoncé le rachat du site de liens torrents par Global Gaming Factory X AB (GGF X AB), un éditeur spécialisé dans les salles de jeu vidéo (dont certains dirigeants sont des connaissances des fondateurs du site pirate), pour 5,5 millions d'euros. L'opération serait conclue en août, et aboutirait à faire évoluer le modèle économique du site pour mettre en place un contrôle des contenus échangés afin de s'assurer de la légalité des échanges. La solution de partage se baserait sur l'offre de la société Peerialism (que GGF X AB rachèterait dans la foulée), laquelle permet de conserver une compatibilité avec BitTorrent. GGF X AB envisage un modèle économique basé sur plusieurs plans : affichage de publicités, abonnement mensuel obligatoire (l'accès serait donc payant, mais dépendrait du niveau de partage de la bande passante, autrement dit plus un internaute offre sa bande passante pour partager du contenu, moins il paye), et enfin revente aux FAI d'une partie de la bande passante créée par le partage des connexions des internautes (c'est ce qu'essaye de vendre BitTorrent Inc, mais sans succès). Il faut avouer que la stratégie annoncée a de quoi laisser perplexe, car elle ressemble fort à d'autres expériences (Peer Impact, Songspy, Mashboxx...) qui ont toutes échouées.
Sans surprise, les utilisateurs du site ont rapidement fait connaitre leur désapprobation, en lançant de multiples attaques DDoS contre lui. Face aux critiques, le site a promis la mise en place d'un système de suppression de comptes, même si aucune information n'est réellement conservée. En outre, The Pirate Bay a annoncé que l'argent récolté servirait à créer une fondation de défense de la liberté d'expression sur Internet.
Toutefois, cette vente n'est absolument pas certaine : d'une part, GGF X AB a indiqué que la vente ne se ferait qu'à condition que le nouveau Pirate Bay devienne entièrement légal et payant. D'autre part, l'autorité boursière suédoise a lancé une enquête car elle soupçonne un délit d'initié (une grande partie des actions de GGF X AB ont été échangées une semaine avant le rachat, et le cours de l'action a depuis l'annonce augmenté de 170 %). Enfin, l'organisation antipiratage néerlandaise Stichting Brein, qui cherche à faire interdire l'accès au site depuis les Pays-Bas, a étendu sa plainte à GGF X AB suite à l'annonce du rachat. The Pirate Bay, qui a découvert le procès intenté contre lui dans la presse, a décidé de riposter en demandant à la cour néerlandaise de classer l'affaire, et a lancé des poursuites contre l'organisation Brein pour diffamation.

Le futur : « Si c'est la mort des torrents, l'histoire nous enseigne que quelque chose de mieux viendra » a indiqué Peter Sunde, un des fondateurs de The Pirate Bay. Ainsi, en parallèle de l'annonce de la vente, The Pirate Bay continue d'innover en lançant un nouveau site indépendant, VideoBay, qui est une plateforme de diffusion des vidéos en streaming, compatible Ogg Thera/Ogg Vorbis (une des composantes possibles de l'HTML 5). D'autre part, il a ouvert un nouveau tracker, OpenBitTorrent, qui est comme son nom l'indique ouvert : « OpenBitTorrent est un tracker BitTorrent libre pour quiconque souhaite l'utiliser. Vous n'avez pas besoin de vous enregistrer, d'uploader ou d'indexer un torrent où que ce soit, tout ce que vous avez à faire c'est d'ajouter l'URL de OpenBitTorrent dans votre torrent ». L'intérêt de ce service est de ne plus commettre la même erreur qu'avec Pirate Bay, c'est à dire d'héberger simultanément des torrents (qui indexent le contenu) et un tracker (qui est un simple outil). En ne proposant qu'un tracker (qui est d'ailleurs géré par une nouvelle société), le site rend plus difficile sa fermeture puisqu'il ne possède plus la connaissance de ce qui est partagé (ce service sera en outre dépourvu de logs, et des API seront fournis pour les services tiers). Enfin, pour compliquer les poursuites, un système de synchronisation entre trackers serait en préparation (si un tracker tombe, les autres peuvent ainsi prendre la relève). Ainsi, un second site quasiment identique, PublicBitTorrent, vient d'ouvrir. Il utilise la même technologie Opentracker. Un troisième site serait également sur le point d'être lancé.
En bref, The Pirate Bay va probablement disparaitre, mais la relève est déjà là. Au grand dam des ayants droit.

mardi 16 septembre 2008

Best Buy rachète Napster pour 121 millions de dollars

C'est une petite surprise : le distributeur de produits électronique Best Buy vient de racheter pour 121 millions de dollars le site américain de téléchargement de musique, Napster. En prenant en compte la trésorerie de Napster, l'opération se montera finalement à 54 millions de dollars. Un prix qui reste néanmoins très élevé pour un site qui ne compte que 760.000 abonnés, ce qui est bien en dessous de ce que revendique Apple et son iTunes Store. En outre, les résultats de Napster ne sont pas brillants, avec pour l'exercice 2007-2008 (clos au 31 mars) un chiffre d'affaires de 127,5 millions de dollars pour un déficit de 16,5 millions de dollars. Mais peu importe pour les investisseurs, puisque dès l'annonce de l'OPA, l'action Napster a connu une hausse spectaculaire de 87 %. http://www.bestbuynewscenter.com/article_display.cfm?article_id=4595
Ce n'est pas la première fois que Napster change de main. Pour rappel, après avoir défrayé la chronique en lançant la mode des services peer-to-peer d'échange gratuit (et illégal) de musique, Shawn Fanning, le créateur de Napster, avait sous la pression des maisons de disque revendu son site à Roxio pour qu'il soit transformé en site de téléchargement légal et payant. Le nouveau site avait ainsi introduit un service de location de musique. Le catalogue compte actuellement 2 millions de titres. http://www.napster.com/