Alors que l'on vient de fêter les 40 ans d'Unix, un jugement totalement inattendu vient perturber les festivités. Une cour d'appel américaine vient en effet de casser le verdict de 2007 allouant à Novell la propriété d'Unix, un procès qui avait à l'époque mené SCO tout droit à la banqueroute.
Pour rappel, SCO, qui proposait les systèmes Unixware et SCO OpenServer et revendiquait de fait tous les droits sur Unix, avait accusé IBM d'avoir incorporé illégalement dans le code de Linux du code d'Unix, et lui réclamait d'abord 1 milliard puis 5 milliards de dollars. SCO réclamait en outre aux entreprises utilisant Linux le paiement d'une licence très onéreuse. Il avait ainsi contacté 1500 grandes entreprises pour les menacer. Mais tel un chevalier blanc, Novell était intervenu au cours du procès et avait réussi à convaincre le tribunal qu'il était le seul détenteur de la propriété intellectuelle d'Unix (et en outre qu'il possédait le copyright d'Unixware).

Novell avait en effet déboursé plus de 300 millions de dollars en 1993 pour acquérir Unix System Laboratories, qui possédait les droits d'auteurs sur Unix et les licences associées. Deux ans plus tard, il vendait son activité Unix à SCO, mais les 2 sociétés avaient une version différente sur le fait que cette vente incluait ou non la propriété du copyright sur le code Unix. Le juge Kimball avait donné raison à Novell et avait condamné SCO à une amende de 2,5 millions de dollars. Par la suite, suite aux coûts engendrés par les poursuites judiciaires, SCO s'était déclaré en faillite, mais avait finalement été sauvé de la liquidation judiciaire suite à l'intervention du fonds d'investissement Gulf Capital Partners LLC et de son président Stephen Norris, qui a choisi de soutenir la société en lui versant 100 millions de dollars en 2008, mais sous la condition que la direction de SCO s'engage à maintenir « agressivement » ses poursuites à l'encontre d'IBM et de Novell (et contre la société Autozone, qui devait servir d'exemple pour toutes les sociétés utilisant Linux). Pour rentabiliser son investissement, Norris parie donc sur le fait que SCO arrivera à ses fins, et donc parviendra à imposer le versement de royalties sur Linux.

Le feuilleton débuté en 1993 n'est donc pas encore achevé, et devrait nous tenir en haleine dans les mois qui viennent.

Cet épisode intervient alors que la Fondation Linux et L’Open Invention Network (OIN) ont critiqué la vente par Microsoft de 22 brevets liés à Linux à la société AST (Allied Security Trust), une société spécialisée dans le rachat de brevets et la revente de licences aux autres compagnies. L’OIN, qui a réussi à convaincre AST de lui rétrocéder ces brevets, accuse l’éditeur d’avoir réalisé cette opération en indiquant que les 22 brevets faisaient parties de ceux que Microsoft brandit de manière récurrente pour accuser Linux de violation de propriété intellectuelle. Microsoft a démenti avoir eu une telle intention, et a rappelé ses récentes initiatives envers le monde open source (ouverture d’une fondation open source nommée Codeplex.org, accords avec Red Hat et Novell, mise à disposition de 20.000 lignes de code source sous licence GPL v2).

Il faut enfin noter qu'une étude de la fondation Linux affirme que 2,7 millions de lignes de code ont été ajoutées au kernel Linux depuis avril 2008, dont 70 % sont le fait d'entreprises privées. Les plus gros contributeurs sont ainsi Red Hat (12 % des changements), IBM (6,3 %), Novell (6,1 %), Intel (6 %) et Oracle (3,1 %), Google se trouvant très loin avec seulement 512 modifications. D’un côté, cela augmente le risque de procès pour violation de brevet, et de l’autre cela fait craindre des problèmes de stabilité à Linus Torvalds, qui souhaitait un kernel « léger et hyper efficace » au début du projet, et qu’il considère désormais « bouffi, énorme et effrayant », comme… Windows.