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mercredi 17 juin 2009

Le gouvernement chinois impose l’installation d’un spyware sur les PC commercialisés dans le pays (MAJ)

Big BrotherDans sa quête perpétuelle pour filtrer Internet et espionner ses concitoyens, le gouvernement chinois s’est trouvé une nouvelle lubie : imposer à partir du 1er juillet l’installation d’un logiciel de filtrage sur tous les PC (Windows) vendus dans le pays, un logiciel qui fera également office de spyware. Ce logiciel, nommé « Green Dam-Youth Escort », est développé par la société Jinhui Computer System Engineering Co. Jouant officiellement le rôle de logiciel de contrôle parental (contre la pornographie et les contenus jugés illégaux) et gratuit (le gouvernement aurait acquis une licence pour une durée d’un an), il serait également capable de lister les sites bloqués et permettrait de collecter des informations personnelles. Il pourrait toutefois être désinstallé.

Pour noircir un peu plus le tableau, le logiciel serait entaché de nombreuses failles de sécurité, ce qui fait dire aux experts en sécurité que l’installation obligatoire de ce logiciel pourrait simplifier la création de botnets géants. Pour finir en beauté, il faut signaler que la firme américaine Solid Oak Software accuse l’éditeur chinois d’avoir plagié son logiciel de filtrage CyberSittter, et de lui avoir volé des modules de son logiciel comme le  module de mise à jour. Solid Oak Software menace de lancer une procédure judiciaire pour interdire l’installation du logiciel chinois sur les machines des fabricants américains.

Face aux nombreuses critiques (en particulier celles de Microsoft) et au retard du logiciel qui serait extrêmement buggué, le gouvernement chinois a indiqué que si le logiciel était installé par défaut, rien n’obligeait les utilisateurs à s’en servir. Mieux, il n’y aurait désormais plus d’obligation de l’installer, le logiciel pouvant être fourni sur un CD-ROM séparé.

Mise à jour du 26 juillet 2009 : Le gouvernement chinois a finalement décidé de reporter l'installation de son logiciel de filtrage, car « certains fabricants ont fait valoir qu'une telle installation à grande échelle demandait du temps ». Pourtant, certains constructeurs (Acer, Sony, Lenovo, BenQ et Haier Group) ont déjà anticipé la demande et ont déjà intégré le logiciel sur leurs PC en dépit des failles de sécurité. Bien évidemment, Solid Oak Software a déjà engagé des poursuites contre Acer, Lenovo et Sony... Enfin, une nouvelle solution de filtrage serait en cours de préparation. Nommée « Blue Dam » (Barrage Bleu) et utilisant une combinaison hardware et software, elle serait 20 fois plus puissante que son prédécesseur.

mercredi 27 mai 2009

LOPSI 2 : une nouvelle loi sécuritaire pour Internet

Après la DADVSI et l’Hadopi, le gouvernement va proposer une nouvelle loi pour combattre la cybercriminalité : la LOPPSI ou LOPSI2 (seconde loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure).  Le projet est cette fois piloté par le ministère de l’Intérieur, et est doté d’un budget conséquent : 2,5 milliards d’euros pour la période 2009-2013. Et comme pour les précédentes lois de ce type, les critiques fusent de toutes parts.

La première controverse concerne la légalisation de l’utilisation de mouchards électroniques par les forces de l’ordre pour lutter contre le crime organisé (uniquement dans les affaires de terrorisme, pédophilie, meurtre, torture, trafic d'armes et de stupéfiants, enlèvement, séquestration, proxénétisme, extorsion, fausse monnaie, blanchiment et aide à l'entrée et séjour d'un étranger). Le texte autoriserait ainsi l’usage de chevaux de Troie, qui permettraient « sans le consentement des intéressés, d'accéder à des données informatiques, de les observer, les collecter, les enregistrer, les conserver et les transmettre, telles qu'elles s'affichent pour l'utilisateur ou telles qu'il les y introduit par saisie de caractère ». Leur installation serait effectuée soit sur place avec introduction d’une « clé de connexion » (clé USB ou carte interne) dans l’ordinateur du suspect pendant son absence (avec l’aide d’un serrurier), soit grâce à une perquisition à distance en effectuant un piratage de la machine. Ils seraient installés pour une période de 4 mois, renouvelable une seule fois sur accord d’un juge. Reste à savoir si les forces de l’ordre auront les compétences nécessaires pour réaliser une telle opération sans se faire repérer... On peut également se demander si les éditeurs de logiciels antivirus s’interdiront de référencer ces spywares. Enfin, il faut également noter que plusieurs lieux sont protégés d’une telle pratique : ce sont les cabinets d'avocats, de notaires, d'huissiers, de médecins et des entreprises de presse, ainsi que les domiciles des magistrats, avocats et parlementaires.

Autre article polémique, la LOPSI2 autorisera la création d’un super fichier « d’analyse sérielle » nomme Périclès qui croisera les données de plusieurs fichiers comme STIC ou JUDEX (qui ne sont pas vraiment renommés pour la fiabilité de leurs données et sur la léicité de leur contenu...) et enrichit avec de nombreuses données à caractère personnel (on peut citer les numéros de cartes grises et de permis de conduire, les numéros IMEI pour les téléphones portables, diverses factures...). En outre, la collecte de ces données serait automatique et ne serait donc pas effectuée au cours d’une enquête judiciaire, contrairement à ce que le texte d’origine prévoyait. Enfin, ce fichier ne concerne que les infractions punies d’au moins 5 ans d’emprisonnement, et son usage sera contrôlé par un « juge référent ».

Mais l’article qui fait sans aucun doute le plus parler est celui concernant la mise en place d’un système de filtrage chez les FAI, dans le but d’interdire aux internautes l’accès a des sites web ne respectant pas la législation française, en particulier ceux relevant de la pédopornographie. Le texte précise que la loi va « imposer aux fournisseurs d’accès à Internet l’obligation d’empêcher sans délai l’accès aux contenus illicites dont les adresses électroniques sont désignées par arrêté du ministre de l’Intérieur sous peine d’un an d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende ». Rappelons que l’intérêt de ces filtres est très faible puisque leur contournement est relativement aisé, même pour des novices en informatique... En outre, l’existence d’une blacklist (ici gérée par le ministère de l’Intérieur) et l’absence de contrôle judiciaire génèrent irrémédiablement des soupçons de tentative de censure, et pire, les fuites potentielles de cette liste (car diffusée à de nombreux intervenants) ont de grandes chances d’aboutir à la publication de celle-ci sur un site étranger (c’est par exemple la spécialité du site Wikileaks, qui a publié la liste des sites bloqués au Danemark, en Thaïlande, en Finlande, en Australie et en Norvège). On peut remarquer que pour alimenter la blacklist, le projet de loi français prévoit en particulier l’utilisation de crawlers pour fouiller le web à la recherche de ces pages douteuses (en espérant que le gouvernement n’envisage pas une automatisation de la procédure de filtrage...). En outre, les FAI ne seraient pas les seuls concernés par cette blacklist. Le texte prévoit en effet que les fabricants de matériels connectés pourraient également être dans l’obligation d’installer un module de filtrage dans leurs appareils.
Il va sans dire que les ayants droit sont particulièrement intéressés par cet article, car si les FAI peuvent bloquer les sites pédopornographiques, pourquoi ne pourraient-ils pas bloquer les sites violant les droits d’auteur…

Enfin, le texte permettrait de créer un délit d'usurpation d'identité sur Internet, et aurait également comme objectif d’arriver à géolocaliser les internautes.
Parmi les autres mesures envisagées, le gouvernement songe à la lecture automatisée des plaques d'immatriculation par vidéosurveillance, la confiscation automatique du véhicule ou l’installation d’un dispositif antidémarrage par éthylotest dans certains cas, la modernisation des fichiers d'empreintes génétiques et digitales, la simplification des formalités pour installer des équipements de surveillance vidéo, et l'enregistrement vidéo des gardes à vue. Le texte définitif sera présenté ce mercredi au Conseil des ministres.

mercredi 17 décembre 2008

Le CSA va réguler la publicité sur les sites Web 2.0

Dans le cadre de l’étude du projet de loi sur l’audiovisuel, les députés ont adopté un amendement qui confie au CSA le contrôle de la publicité sur les sites communautaires : « S’agissant des services consistants à éditer du contenu créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d’échanges au sein de communautés d’intérêts, le Conseil supérieur de l’audiovisuel veille à ce que la publicité placée par l’éditeur du site ne puisse nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs ». Un texte pour le moins imprécis qui inquiète déjà les sites visés…

Dans le même temps, les députés ont rejeté un amendement du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre, qui aurait permis d’imposer une taxe aux sites Web 2.0, et qui aurait autorisé le CSA à contrôler et filtrer les sites Internet. L'amendement pourrait néanmoins refaire surface à l'occasion de l'étude du projet de loi Création et Internet à l'Assemblée. Il faut noter que Frédéric Lefebvre s’est livré à une description pour le moins négative d’Internet, qui ne serait selon lui qu’un repère pour « les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés, les proxénètes, […] les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs ». Sans commentaires…

mercredi 1 octobre 2008

Le filtrage d'Internet revient sur le devant de la scène

Plusieurs grands groupes américains (NBC Universal, Viacom, la Songwriters Guild of America, AT&T, Cisco Systems et Microsoft) ont créé un nouveau lobby nommé Arts+Labs, dont le but est « d'éduquer et informer les consommateurs sur le vaste choix de divertissements en ligne dont ils disposent », mais également de les informer sur « le spam, les virus, et [surtout] l'échange illégal de fichiers ». Dirigé par Mike McCurry (ancien directeur des relations presse de Bill Clinton) et Mark McKinnon (ancien conseiller en communication auprès de George W. Bush et de John McCain), ce groupe de pression a comme réel objectif de remettre en cause la neutralité du net, tout simplement en demandant aux parlementaires américains de voter des lois permettant aux FAI de filtrer Internet pour bloquer l'échange de fichiers illégaux. Selon Mark McKinnon, « nous estimons qu'il est important de concentrer nos efforts afin que les artistes puissent tirer profit de leur créativité. Arts+Labs travaillera pour que [...] les artistes puissent partager facilement leurs innovations au travers de nouveaux canaux de distribution avec la confiance que leurs droits légaux seront respectés ».
L'organisation Public Knowledge, qui milite au contraire pour préserver la neutralité du net, dénonce la présence d'AT&T au sein de ce lobby, dont les influences risquent fort de permettre la mise en place d'un filtrage généralisé.

mardi 24 juin 2008

La cour de cassation valide le filtrage du site AAARGH

Après 3 ans de procédure, la justice a définitivement validé le principe de filtrage des sites Internet. La cour de cassation vient en effet de rejeter le pourvoi de l'AFA (Association des fournisseurs d'accès) dans le cadre de l'affaire du site révisionniste Aaargh (Association des anciens amateurs de récits de guerre et d'holocauste), dont la justice avait ordonné le blocage par tous les FAI français suite à une procédure engagée par des associations antiracistes, qui faisaient appel à la loi LCEN. Les FAI avaient contesté cette décision, en indiquant que les directives européennes obligeaient les juges à s'attaquer en priorité aux hébergeurs avant d'imposer des mesures techniques aux FAI, en soulignant que la mesure prise était parfaitement inefficace, et également disproportionnée puisque le blocage n'est pas limité dans le temps. Mais selon la Cour de cassation, la loi permet que l ’on exige d'un FAI « toutes mesures propres à prévenir ou à faire cesser un dommage occasionné par le contenu d’un service de communication au public en ligne », et « la prescription de ces mesures n'est pas subordonnée à la mise en cause préalable des prestataires d'hébergement » qui sont, eux, responsables des contenus. Enfin, « c'est à bon droit que la cour d'appel qui n'a méconnu ni le principe de proportionnalité, ni le caractère provisoire des mesures précitées a statué comme elle l'a fait ». Voilà donc une décision qui satisfera tous ceux qui sont partisans du filtrage du web.
Il n'en reste pas moins que l'efficacité de la mesure est toute relative, puisqu'une simple recherche dans Google permet de vérifier que le site est parfaitement accessible via les très nombreux sites miroirs mis en place...

jeudi 12 juin 2008

Filtrage des sites pédophiles et Charte "Confiance en ligne" : les FAI contredisent les propos d'Alliot-Marie

Nouvelle cacophonie entre le ministère de l'Intérieur et les FAI : l'AFA (Association des fournisseurs d'accès et de services internet) affirme désormais qu'il n'y a pour le moment aucun accord signé avec le gouvernement. Pire, selon son président, Daniel Fava, les FAI ne semblent toujours pas d'accord sur le principe même du filtrage : « Notre position n'a pas changé : il y a un problème d'efficacité, puisque le filtrage dans les réseaux des FAI peut être aisément contourné. De plus, les équipements à mettre en place pour filtrer sont onéreux, pour une efficacité limitée ». Si l'AFA s'exprime favorablement sur le principe de création d'une liste noire, il refuse de prendre la responsabilité de la mise en place technique des solutions de blocage des sites, et demande donc une période d'expérimentation.
Concernant le reste de la Charte, l'AFA dénonce un manque de précision technique et juridique du texte, qui mélange allègrement le statut des FAI avec celui des hébergeurs. L'association demande en outre que soit explicitement indiqué pourquoi un port doit être bloqué au niveau des box des abonnés : « On pourrait un jour demander aux FAI de bloquer les box des internautes qui vont trop souvent sur des sites illégaux ou qui utilisent trop le peer-to-peer. Nous ne voulons pas devenir des big brothers, ni que les internautes se sentent espionnés par leur FAI ». Afin de simplifier la charte, les FAI ont proposé la mise en place d'un groupe de travail, qui rendra sa copie courant juillet. Enfin, les FAI expriment leur incompréhension entre le discours de Michèle Alliot-Marie (qui annonce un projet de loi pour officialiser le filtrage) et la tentation du ministère de faire signer au plus vite une charte au périmètre bien plus vaste par tous les FAI français.

mercredi 11 juin 2008

Le ministère de l'Intérieur confirme la mise en place d'un filtrage pour bloquer les sites pédophiles

Sans surprise, après la découverte de la préparation d'une Charte « Confiance en ligne » (voir précédente newsletter), la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a confirmé, lors d'un discours prononcé dans le cadre de l'atelier "Coopération contre la cybercriminalité" aux Assises du Numérique, que l'Etat et les FAI étaient tombés d'accord pour bloquer en France l'accès aux sites pédophiles étrangers (dont il est de toutes façons très difficile voire impossible de tomber dessus par hasard). Le dispositif s'appuiera sur un nouveau projet de loi sur la sécurité intérieure (Lopsi 2) qui sera étudié à la rentrée.
L'Etat mettra ainsi en place une plateforme de signalement des sites pédophiles, qui sera gérée par l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, et qui transmettra aux FAI une liste noire des sites à bloquer. L'Etat prendra la responsabilité d'attribuer un caractère pédopornographique à ces sites, dégageant donc les FAI de toute risposte juridique en cas d'erreur (si ce n'est que les FAI seront responsables de la mise en oeuvre et de l'efficacité du blocage). Afin de rassurer les associations de défense des libertés civiles, la ministre a indiqué : « Il ne s'agit pas de créer un "Big Brother" de l'Internet. Il n'a jamais été question de bloquer ni de filtrer tous les sites ».
Il sera intéressant de suivre les modalités de mise en place de cette procédure de filtrage. Pour information, les internautes norvégiens peuvent par exemple demander que leur connexion ne soit pas filtrée... Il faudra également s'assurer qu'il n'y a pas un risque de glissement sémantique concernant la raison pour laquelle les sites sont bloqués, puisque les ayants droit vont désormais tenter de faire imposer leur point de vue sur le filtrage du net français.