Dans son allocution à Versailles en juin
dernier, le président Nicolas Sarkozy avait affirmé à propos de la loi Hadopi :
« j’irai jusqu’au bout ». Jusqu'à être ridicule ? La première censure
du Conseil Constitutionnel avait déjà marqué durablement la première version de
la loi, qui a malgré tout était promulguée pour sa partie non censurée (le
mécanisme de surveillance d'alerte). Il restait donc à valider la partie
répression, quitte à prendre quelques détours inconstitutionnels pour obtenir
gain de cause.
Le texte avait déjà été adopté par le Sénat le 8 juillet dernier par 189 voix contre 142. Notez que les sénateurs socialistes, qui avaient voté pour au premier passage d'Hadopi 1, puis s'étaient abstenu au second passage d'Hadopi 1, ont cette fois voté contre Hadopi 2, Un seul amendement a été adopté, autorisant un internaute accusé de téléchargement illégal à être entendu à sa demande par l'Hadopi.
Le texte vient d'être étudié à l'Assemblée Nationale. Mais contrairement à ce que souhaitait Nicolas Sarkozy, le vote a été repoussé, et n'interviendra pas avant mi-septembre. En effet, d'une part les députés de l'opposition ont usé d'obstruction en déposant 863 amendements (sur 894), et d'autre part, un vote solennel ayant été demandé, l'UMP a craint qu'à la dernière journée de la session parlementaire elle se retrouve en minorité. D'ailleurs, l'examen des amendements par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale avait déjà dû être reporté de plusieurs heures, faute d'un nombre suffisant de députés UMP...
Sur les 894 amendements (dont certains étaient très loufoques, comme
renommer le texte en « projet de loi tendant à instaurer un contrôle de
l'Internet », ou « projet de loi tendant à préserver le patrimoine des
artistes redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune »),
quelques-uns ont été adoptés mais ne modifient que peu le texte, qui ressemble
finalement fortement au texte précédent, en un peu plus répressif :
- Une procédure judiciaire simplifiée a été choisie : ce sera l'ordonnance
pénale avec un juge unique, sans débat contradictoire. Une procédure déjà
vivement critiquée, puisqu'elle existe pour des cas d'exceptions où la
culpabilité est facile à démontrer (c'est le cas des amendes pour excès de
vitesse avec un radar), ce qui sera très complexe pour les délits de
contrefaçon qui sont ici visés (une enquête de police s'avèrerait nécessaire).
En outre, une telle procédure ne peut s'appliquer aux mineurs, alors que c'est
la cible principale du texte... L'internaute reconnu coupable sera passible de
3 ans de prison, 300.000 euros d'amende, et une nouvelle peine facultative qui
est la suspension d'Internet pour une durée d'un an maximum.
- C'est l'Hadopi qui constituera le dossier destiné au juge, ce qui pose à
nouveau le problème de séparation des pouvoirs.
- Une exception à l'exception est rajoutée. L'ordonnance pénale ne peut en
effet donner droit à des dommages et intérêts. Les ayants droit seront donc
informés au préalable de la procédure, et seront en mesure de la stopper pour
lancer leurs propres attaques en justice. Un tel déséquilibre entre
l'accusation et la défense risque d'être censuré par le Conseil
Constitutionnel.
- Le texte ajoute un autre délit : la négligence caractérisée, dans le cas où
le titulaire de la ligne a déjà été informé d'un cas de téléchargement illégal
sur sa ligne sans avoir pris les dispositions appropriées (c'est le retour du
fameux logiciel de sécurisation dont on ignore tout, si ce n'est que Michèle
Alliot-Marie a précisé que ces logiciels devraient être développés par... les
FAI !). L'internaute risque cette fois une forte contravention et un mois de
suspension d'Internet, et peut être accusé de complicité avec le pirate. Selon
le député UMP Lionel Tardy, cet article pose de « gros problèmes de
constitutionnalité ».
- Un internaute ne pourra se réabonner chez un autre FAI en cas de coupure de
ligne. S'il le fait et est à nouveau repéré, il est cette fois passible d'une
amende de 3750 €. En cas de suspension de ligne, l'abonnement reste dû au FAI
(il reste possible néanmoins de résilier l'abonnement à ses frais).
- Seule bonne nouvelle : la messagerie électronique reste exclue de ce
dispositif et ne pourra donc être surveillée, contrairement à ce que le texte
du Sénat demandait, ce qui était inconstitutionnel. D'autre part, les
internautes convoqués par l'Hadopi pourront se faire représenter par un
"conseil" et non par un "avocat".
- Enfin, pour éviter des sanctions disproportionnées, le texte indique que le «
juge doit prendre en compte les circonstances et la gravité de l'infraction
ainsi que la personnalité de son auteur (notamment son activité professionnelle
ou sociale) ».
La Commission Mixte paritaire se réunira en septembre pour fusionner les textes issus de l'Assemblée Nationale et du Sénat, avant le vote final prévu en septembre. Bien évidemment, si le Conseil Constitutionnel ne censure pas le texte (ce qui semble peu probable, du moins partiellement), la mise en œuvre risque d'être très problématique. Notez d'ailleurs que seuls 10.000 titres de musique et 1000 films seront surveillés (la liste sera secrète et maintenue à jour), ce qui laisse déjà augurer d'un résultat peu probant. Notez que c'est Extelia, une filiale de La Poste, qui est chargé du prototype pour l'expédition des messages d'avertissement de l'Hadopi, et qui sera l'intermédiaire entre les ayants droit et les FAI. D'ores et déjà, des internautes ont soulevé plusieurs problèmes de sécurité sur son site (permettant l'injection de code, ou encore permettant d'accéder à la liste des abonnés de sa newsletter), ce qui risque de soulever de nouvelles polémiques sur la sécurité du futur système...
C’est
une nouvelle claque magistrale, et pour tout dire historique, que le Conseil
Constitutionnel vient d’infliger au gouvernement et la majorité présidentielle.
Il vient en effet de faire imploser en vol le projet de loi Création et
Internet en censurant le cœur du projet, autrement dit le pouvoir de sanction
de l’autorité lié au principe de la coupure d’accès à Internet, qui était
l’élément principal de la fameuse riposte graduée. C’est en effet une décision
historique (et prévisible), car selon les juristes, l’avis du Conseil est l’un
des plus sévères de ces 10 dernières années. Comme l’a indiqué au journal Le
Monde le professeur de droit constitutionnel Dominique Rousseau, « cette
censure est nette, sans appel, claire et particulièrement motivée […] Le
Conseil constitutionnel offre une motivation particulièrement sévère, puisqu'il
accuse le gouvernement, à l'origine de cette loi, d'avoir méconnu à la fois la
liberté d'expression, le principe de la séparation des pouvoirs et la
présomption d'innocence ».
Après la
DADVSI et l’Hadopi, le gouvernement va proposer une nouvelle loi pour combattre
la cybercriminalité : la LOPPSI ou LOPSI2 (seconde loi d'orientation et de
programmation pour la performance de la sécurité intérieure). Le projet
est cette fois piloté par le ministère de l’Intérieur, et est doté d’un budget
conséquent : 2,5 milliards d’euros pour la période 2009-2013. Et comme pour les
précédentes lois de ce type, les critiques fusent de toutes parts.
C’était une formalité
: le Sénat a comme prévu adopté à son tour le projet de loi Création et
Internet par 203 voix pour et 14 voix contre, après une étude très rapide de 6
amendements (dont l’un, rejeté, proposé d’inclure l’amendement Bono dans le
texte...). Le texte étant conforme a celui de l’Assemblée Nationale, il est
donc désormais définitivement adopté. Il devra néanmoins attendre la décision
du Conseil Constitutionnel avant sa promulgation.
C’est sans surprise
(cette fois-ci) que l’Assemblée Nationale a adopté le projet de loi Création et
Internet, par 296 voix pour (284 pour le groupe UMP, 11 pour le groupe Nouveau
Centre, 1 pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche), 233
contre (6 pour le groupe UMP, 6 pour le groupe Nouveau Centre, 190 pour le
groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche, 24 pour le groupe
GDR et 7 pour les sans groupe), et 28 abstentions. On notera qu’il
y avait 557 députés présents, contre 16 lors du rejet du texte.
Le Parlement
européen a une fois de plus montré sa défiance vis-à-vis de la riposte graduée
à la française. L’amendement 138/46 ou amendement Bono/Cohn-Bendit, qui oblige
les états membres à faire appel à l’autorité judiciaire avant toute suspension
de l’accès à Internet, a en effet encore été adopté massivement par les
eurodéputés (407 pour, 57 contre et 171 abstentions), au détriment du texte de
compromis proposé par Catherine Trautmann. Il faut signaler que cette dernière
a elle-même appelé à voter pour l’amendement Bono, après que présidente de
séance ai accepté d’inverser à nouveau l’ordre des votes (cf article « Le
feuilleton Hadopi : le texte en passe d’être adopté par les députés ») à la
demande des Verts… C’est donc un nouveau camouflet pour Nicolas Sarkozy
et la loi Création et Internet, puisque c’est la cinquième fois que
l’amendement est voté contre la volonté du gouvernement français. On se
rappellera pour mémoire que Nicolas Sarkozy avait précédemment envoyé une
lettre à José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, lui
demandant de supprimer ce texte… un geste que ce dernier avait sèchement
refusé.
L’étude du texte
du projet de loi Création et Internet a repris à l’Assemblée Nationale. Sans
surprise, l’ensemble des amendements de l’opposition a été rejeté, mais les
débats prennent plus de temps que prévu, puisqu’il reste encore une centaine
d’amendements à étudier. Néanmoins, le vote solennel de la loi ne devrait
plus être long à intervenir. Notez que Christine Albanel a souhaité que
l’Hadopi soit mis en place dès cet été.