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mardi 28 avril 2009

Le feuilleton Hadopi : le texte de loi revient à l’Assemblée dans sa version la plus répressive (MAJ)

La Commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté le nouveau texte du projet de loi Création et Internet qui sera représenté aux parlementaires ce 29 avril (le calendrier étant chargé, les débats seront stoppés dès le lendemain, la séance suivante étant prévue le 5 mai). Sans surprise, le texte est désormais très proche de celui qui avait été adopté en Commission Mixte Paritaire et avait été étudié une première fois à l’Assemblée, c’est donc la version la plus dure du texte : rejet de l’amnistie des internautes poursuivis avant la mise en œuvre de l’Hadopi, rétablissement de la double peine (le paiement de l’accès à Internet ne sera pas stoppé pendant la suspension de l’accès), et l’amende comme solution alternative à la coupure de l’accès a de nouveau été rejetée. Selon le député socialiste Christian Paul, le rapporteur du texte (le député UMP Frank Riester) a même tenté de donner à l’Hadopi le pouvoir de surveiller le contenu des pièces jointes des e.mails ! Fort heureusement, cet amendement n’a pas été retenu…

Bien évidemment, des députés de l’opposition et certains députés de la majorité vont une nouvelle fois tenter de proposer des amendements pour limiter les effets pervers du projet de loi, qui sera étudié à l’Assemblée avant d’être examiné par le Sénat (avec un possible retour à l’Assemblée en cas de divergence des textes). Mais à moins d’un nouveau coup de théâtre (peu probable), le texte devrait être adopté, puisque le président du groupe UMP de l’Assemblée, Jean-François Copé, a cette fois mis en garde les députés de son camp contre leur absentéisme dans une lettre, ou il affirme que « ce n’est désormais plus la teneur de ce texte qui est en cause. Ce qui importe c'est le problème politique créé par son rejet surprise »…

Mise à jour du 3 mai 2009 : La première soirée de débat à l'Assemblée Nationale (qui s'est prolongée jusqu'à 1 heure du matin) a été peu constructive, les députés de l'opposition ayant épuisé tous leurs recours pour retarder les débats. Les députés de la majorité ont été systématiquement plus nombreux à l'occasion de chaque vote. La séance a néanmoins été particulièrement houleuse. Les reproches faits au texte sont nombreux : texte flou, dangereux et liberticide, obsolète, qui coûtera cher (70 millions d'euros sur 3 ans selon le Conseil général des technologies de l'information alors que Christine Albanel n'a budgété que 6,7 millions d'euros pour 2009), qui ne rapporte rien aux artistes, et qui condamne les internautes à une double (voire triple) peine. Il ne fait toutefois que peu de doutes que le texte soit désormais voté en l'état, la majorité ne souhaitant connaitre le fiasco du 9 avril dernier, où elle s'était retrouvée en minorité. La prochaine séance est prévue ce 4 mai, à 16 heures. Notez que la majorité a déjà fixé le calendrier pour le vote solennel du texte : dès ce 5 mai, alors que l'étude même du texte n'a pas encore commencé...

mardi 4 novembre 2008

Le feuilleton Hadopi : la CNIL critique très sévèrement le projet de loi (mise à jour du 5 novembre 2008)

En mai dernier, la CNIL avait rendu un avis critique contre le projet de loi Création et Internet de Christine Albanel. Mais la publication complète de l'avis confidentiel de la CNIL par le quotidien La Tribune jette un pavé dans la mare, puisque le texte est un véritable réquisitoire contre le texte, bien plus négatif que ce que l'on pensait jusqu'à aujourd'hui. En voici les points essentiels :

- un texte illégitime car s'appuyant sur des chiffres invérifiables des industries culturelles : « Les seuls motifs invoqués par le gouvernement afin de justifier la création du mécanisme confié à l'HADOPI résultent de la constatation d'une baisse du chiffre d'affaires des industries culturelles. À cet égard, elle déplore que le projet de loi ne soit pas accompagné d'une étude qui démontre clairement que les échanges de fichiers via les réseaux "pair à pair" sont le facteur déterminant d'une baisse des ventes dans un secteur qui, par ailleurs, est en pleine mutation du fait notamment, du développement de nouveaux modes de distribution des œuvres de l'esprit au format numérique ».

- des moyens de sécurisation trop vagues et trop complexes : Afin que les internautes puissent sécuriser leurs ligne, il convient « pour ne pas rendre cette obligation disproportionnée et excessive, de mettre à leur disposition les dispositifs appropriés pour assurer, sans contrainte excessive, la sécurisation de leur poste et de mettre en œuvre les actions d'information et d'accompagnement techniques nécessaires ». En outre, les outils devront faire « l'objet d'une procédure d'évaluation certifiée ».

- une défense bien trop limitée de l'internaute : la liste des rares exonérations à la riposte graduée « ne permet pas d'appréhender les cas où l'internaute pourrait légitimement mettre à disposition un fichier protégé par les droits d'auteur, par exemple, parce qu'il est lui-même titulaire des droits sur l'œuvre ». De plus, concernant la transaction avec l'Hadopi, « aucune précision n'est apportée sur les critères et les modalités pratiques de mise en œuvre de cette procédure ».

- un texte qui risque de violer la vie privée des employés : « Au-delà des conséquences économiques et sociales que pourrait engendrer la suspension de l'abonnement internet d'une entreprise ou d'une collectivité locale, le respect, par l'employeur, de l'obligation de sécurisation des postes informatiques des employés comporte un risque de surveillance individualisé de l'utilisation d'internet et appelle en conséquence des garanties particulières sur les conditions de mise en œuvre effective de cette obligation vis-à-vis des employés concernés ».

- les agents de l'Hadopi auraient un pouvoir excessif: « Le fait de mettre à disposition des agents précités les données de trafic ainsi que les données permettant d'identifier les personnes responsables de la mise en ligne d'un contenu, paraît porter une atteinte excessive à la protection des données à caractère personnel ».

- tentative de création d'un filtrage administratif dans le texte original : « La Commission relève qu'une telle disposition comporte un risque d'atteinte aux libertés individuelles, au rang desquelles figure la liberté d'expression, dans la mesure où elle donnerait la possibilité à l'HADOPI de demander à un intermédiaire technique de procéder au filtrage de contenus considérés comme portant atteinte aux droits d'auteur ».

- un risque évident de double peine administrative et judiciaire : « sur la base de procès-verbaux constatant un même fait, la mise à disposition sur internet d'œuvres protégées par les droits d'auteur, les SPRD et les organismes de défense professionnelle pourront librement choisir de saisir l’Hadopi, le juge civil ou le juge pénal », ce qui revient à laisser à des officines privées « le choix de la politique répressive à appliquer sur la base d'un fondement juridique dont les contours sont mal définis ».

- le piratage n'est pas puni, mais c'est l'obligation de surveillance qui est exigée : « L'exposé des motifs indique que le projet de loi a pour objet la mise en œuvre d'un "mécanisme de prévention et de sanction du piratage", ce qui permet, là encore, de considérer que la frontière entre les notions de "piratage" et de "manquement à l'obligation de surveillance de sa connexion internet" n'est pas clairement établie ».

- une procédure facultative (corrigée néanmoins depuis par le Sénat) : Le projet de loi installe « non une obligation mais une possibilité pour l'HADOPI d'adresser des messages d'avertissement puis de proposer une transaction avant d'aboutir à une sanction ».

- aucune garantie sur la véracité du contenu du répertoire national des abonnés : la CNIL recommande que « seuls des incidents présentant une gravité certaine et prédéterminée pourront faire l'objet d'une inscription ».

- absence d'observation des offres légales et de l'utilisation illicite des œuvres

La conclusion est lapidaire : Puisque le projet « attribue à des agents des compétences [jusqu'alors] réservées uniquement aux autorités judiciaires agissant dans le cadre d'une procédure judiciaire, [...] la CNIL estime que le projet de loi ne comporte pas en l'état les garanties nécessaires pour assurer un juste équilibre entre le respect de la vie privée et le respect des droits d'auteur ». Interrogée par la Tribune suite à la divulgation de ce texte, la ministre de la Culture a expliqué que le projet de loi a été écrit « en parfaite intelligence » avec l’avis de la CNIL... A t-elle lu le même texte ?

Mise à jour du 5 novembre 2008: Alex Türk, président de la CNIL, a vivement réagi à la publication de l'avis confidentiel de la Commission concernant le projet de loi sur l'Hadopi, qui mettrait la CNIL « en porte à faux », alors qu'elle « n’était pas en droit de rendre publique cette délibération sans l’accord du Gouvernement [...] Une telle situation génère donc incompréhension et approximation, car nombre d’intervenants se référent à ce qu’ils pensent être l’avis de la CNIL sans en disposer réellement ». La situation serait « totalement incohérente puisque l’avis de la CNIL a été rendu sur un projet qui, entre temps, a subi un certain nombre de modifications, notamment lors de son dépôt sur le bureau des assemblées ». Enfin, il regrette que le Sénat ai découvert l'avis de la CNIL après le vote sur le projet de loi Création et Internet : « les règles de publicité des avis de la CNIL devraient être revues de façon à assurer une parfaite information du Parlement lorsqu’il est amené à devoir traiter de telles questions ».

vendredi 31 octobre 2008

Le feuilleton Hadopi : le Sénat a validé le projet de loi

30 octobre : Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'examen du projet de loi "Création et Internet" n'aura pas trainé. Les sénateurs ont en effet déjà étudié et voté l'ensemble des dispositions et des 177 amendements du texte, le tout en moins d'une journée. Ce n'est en fait pas très étonnant, puisque l'unanimité sur cette loi était quasi totale dans les rangs des sénateurs (seul le PCF s'est abstenu). Voici les principaux points qui ont été discutés au cours de cette journée :

- L'Hadopi enverra un premier avertissement par e.mail à l'internaute repéré par les ayants droit, puis en cas de récidive une lettre recommandée. Ensuite, l'autorité passera aux sanctions, à savoir une suspension pouvant aller jusqu'à un an de l'accès à Internet. Mais la durée de la suspension sera réduite s'il accepte une transaction. La première suspension de ligne sera de 1 mois, et non de 3 mois maximum comme le prévoyait le texte.
- Pour les entreprises et les établissements collectifs, l'Hadopi demandera l'installation de moyens techniques pour empêcher les salariés ou les utilisateurs de pratiquer le téléchargement illégal depuis leur poste.
- L'amendement qui proposait de rendre obligatoire au sein de l'Hadopi la désignation de représentants des consommateurs et des internautes a été rejetée, tout comme celui qui imposait la présence d'un membre de la CNIL pour veiller au respect de la vie privée.
- Au nom du respect de la vie privée au sein d'une famille, les noms des œuvres piratées ne seront pas mentionnés dans les lettres d'avertissement de l'Hadopi. Les seules informations fournies seront la date et l'heure de l'infraction. Voilà un nouvel article très inquiétant puisque dès lors, l'internaute accusé d'une infraction sera dans l'impossibilité d'en connaitre la nature, ce qui risque donc de compliquer un peu plus la possibilité de se défendre...
- Plus rassurant, les sénateurs ont adopté contre l'avis du gouvernement un amendement de Bruno Retailleau qui oblige l'Hadopi à ne mettre en œuvre ses sanctions que pour des "faits constituant un manquement", et non plus pour des "faits susceptibles de constituer un manquement". L'autorité devra donc avoir des preuves concrètes qu'un internaute a manqué à son obligation de sécurisation de sa ligne. En conséquence, l'adresse IP collectée automatiquement via des serveurs peer-to-peer ne sera pas suffisante, un début de téléchargement devrait être mis en œuvre. Mais dans ces conditions, l'autorité aura du mal à atteindre l'objectif de la ministre de la culture de 1000 sanctions par jour...
- Autre avancée, l'envoi d'une lettre recommandée avant une sanction est désormais obligatoire (elle était facultative dans le texte original).
- La double sanction (administrative et judiciaire) reste possible, même si ces cas seraient "rarissimes" selon la ministre.
- Les sénateurs ont approuvé un amendement socialiste qui prévoit la mise en place d'une hotline pour l'autorité, où l'internaute pourra "adresser des observations à la commission de protection des droits" (pour autant, l'Hadopi n'aura pas d'obligation de réponse). Plus gênant, il ne sera pas possible de contester les premiers messages d'avertissements, car selon la Ministre cette procédure pourrait anéantir le système si des milliers d'internautes contestent les avertissements.
- Comme prévu, la sanction sous la forme d'amende a été rejetée à une écrasante majorité (297 voix contre 15), au profit de la suspension de la ligne.
- L'Hadopi pourra décerner un label pour les éditeurs de logiciels de sécurité permettant de sécuriser les lignes des internautes contre le piratage.
- Malgré l'absurdité de l'idée et les menaces qu'elle procure sur les libertés individuelles, les sénateurs ont approuvé un amendement qui consiste à inviter les internautes à installer un spyware dans leurs machines pour les assurer de la sécurisation de leur installation informatique contre le piratage (disponible sur autre chose que Windows ?).
- La lutte contre le piratage sera intégrée au programme du Brevet informatique et Internet des collèges.
- Autre point gênant, le recours contre une sanction de l'Hadopi ne sera pas suspensif, car selon la ministre ce point pourrait ralentir le fonctionnement de l'autorité. Autrement dit, les internautes sont présumés coupables quoi qu'il arrive, même si une erreur administrative a été commise.
- L'Hadopi pourra choisir une sanction alternative : mettre en place des mesures de filtrage ou de bridage de l'accès Internet. Par exemple, si la technologie le permet, l'internaute pourrait conserver l'accès à la messagerie, où encore avoir un débit fortement réduit.
- Les industries culturelles seront dans l'obligation d'aligner le délai de la VOD au niveau de celui des DVD avant le 1er mars 2009.
- Les industries culturelles devront choisir un standard interopérable de DRM pour la musique dans les 6 mois qui suivront la promulgation de la loi (autrement dit, puisque cet objectif est techniquement impossible, toutes les maisons de disque devront avoir retiré les DRM de leurs catalogues).

Le texte sera (en principe) examiné à l'Assemblée Nationale en janvier ou février prochain, sauf si l'étape très courte du Sénat encourage les députés à accélérer l'examen du projet de loi.

jeudi 30 octobre 2008

Le feuilleton Hadopi : Consensus sénatorial autour de la riposte graduée

29 octobre : L'examen du projet de loi Création et Internet a débuté comme prévu au Sénat. La dizaine de sénateurs qui ont présenté leur point de vue sur le sujet ont presque tous été unanimes sur le principe de la riposte graduée, pour tenter de combler l'échec de la précédente loi DADVSI. Les socialistes Serge Lagauche, Catherine Tasca et Richard Yung ont même apporté leur soutien au gouvernement, et ont salué une « démarche consensuelle, pédagogique et novatrice à laquelle on ne peut que souscrire », tout en fustigeant la nouvelle position de Free et de son PDG Xavier Neil : « Il est regrettable que certains FAI se soient permis de retirer leurs signatures sous le prétexte fallacieux qu'on leur a fait signer une page blanche »... Il y a également une presque totale unanimité pour restreindre la portée juridique de l'amendement 138 sur la directive Paquet Telecom (même si Christine Albanel réaffirme que la France demandera sa suppression). Dans ces conditions, on voit mal comment le projet de loi pourrait être rejeté...

Quelques critiques ont néanmoins été émises, la principale étant l'absence d'engagement des industries culturelles pour développer des offres légales. Les sénateurs souhaitent revenir à l'équilibre obtenu avec les accords de l'Elysée, et plusieurs amendements seront donc proposés dans ce sens (révision de la chronologie des médias, suppression des DRM, création d'un standard interopérable). Pour ce dernier point, la ministre de la Culture se félicitait de l'annonce de l'abandon des DRM par Universal (mais cette levée de DRM ne sera effective que sur la plateforme de SFR dans un premier temps, alors que seules quelques expérimentations seront tentées avec les autres plateformes légales). L'autre point qui pose problème est bien évidemment les moyens que l'internaute accusé aura pour se défendre (à ce sujet, le site The Pirate Bay a annoncé que ses trackers renverront désormais des adresses IP fantômes, pour tromper les systèmes de relevés automatiques des infractions utilisées par des sociétés comme Advestigo, qui devront donc renforcer leurs contrôles).

Bien évidemment, on devine déjà que le texte va accoucher d'un monstre qui sera difficile à mettre en œuvre et qui montrera vite ses limites face aux pirates. C'est d'ailleurs le député socialiste Christian Paul qui résume le mieux la mission de l'Hadopi : « Puiser de l'eau avec un filet à papillon »...

mercredi 29 octobre 2008

Le feuilleton Hadopi : la coupure de l'accès Internet pourrait être écartée par le Sénat au profit d'une amende (MAJ)

28 octobre : La Commission des affaires économiques du Sénat a retenu 27 amendements au projet de loi Création et Internet, suite à l'étude du rapport du sénateur de Vendée, Bruno Retailleau, qui juge le texte original de Christine Albanel « déséquilibré, c'est-à-dire répressif sans contrepartie pour le consommateur ».
Tout d'abord, la commission souhaite renforce l'offre légale. Elle conditionne par exemple les aides publiques pour les films à leur disponibilité en VoD, l’exigence de résultats pour la négociation attendue sur la chronologie des médias, et une meilleure information sur les contraintes imposées par les DRM.
Ensuite, toute mesure se filtrage est écarté, car « très difficile et coûteux à mettre en œuvre, intrusif et d’une efficacité très discutable ».
Enfin, et c'est une nouvelle gifle pour la ministre de la Culture, une liste de mesures qui remettent en cause le cœur du texte original : « amélioration des droits de la défense dans la procédure initiée par l’HADOPI à l’encontre d’un abonné ; meilleure caractérisation des moyens de sécurisation de l’accès permettant à l’abonné de s’exonérer de sa responsabilité ; surtout, afin de sécuriser juridiquement la riposte graduée, dont la sanction ultime (suspension de l’abonnement internet) rompt l’égalité entre citoyens (certains, en zones non dégroupées, pouvant se trouver privés de téléphone du fait de la coupure d’internet), et d’éviter la création d’un fichier des internautes suspendus (interdits de réabonnement), la commission des affaires économiques propose de remplacer la coupure d’accès par une amende ». La commission estime que l'accès Internet est une « commodité essentielle », d'où la réapparition d'une amende (qui était préféré par les FAI). L'amende, qui pourrait être de première classe (soit 11 €), pourrait être majorée si l’œuvre piratée est disponible en offre légale.

Christine Albanel s'est déjà exprimée contre cette dernière proposition, jugée trop répressive. « Je trouve qu’on est dans une logique pédagogique alors que l’amende, je trouve qu’on est beaucoup plus dans une logique plus répressive. Au fond, la précédente loi c’était la prison, des amendes très très lourdes, et là je trouve qu’on est dans une logique qui n’est pas celle que nous voulons porter qui est essentiellement pédagogique ». Et d'ajouter « pour une personne qui continue à télécharger massivement, on pourra toujours continuer à saisir le juge. Il y a une loi qui a été votée il y a deux ans et qui effectivement prévoit des sanctions très lourdes. Pour un piratage massif, les gens qui cassent les systèmes, on pourra toujours bien sûr saisir le juge et là, on aura des sanctions lourdes. Mais pour tous les téléchargements qu’on connait chez nos enfants, je crois que la loi est une réponse adaptée, car ils peuvent se dire que s’il y a offre légale en grand nombre, suppression des DRM, des films accessibles plus vite, peut être que ca vaut moins la peine de télécharger illégalement ».

29 octobre : La commission des Affaires culturelles du Sénat a finalement opté pour la coupure de l'accès Internet comme sanction ultime de la riposte graduée, et a émis un avis défavorable sur la proposition d'amendement de la commission des Affaires économiques, qui prônait plutôt une amende. Selon le rapporteur Michel Thollière, « L'amende n'est pas socialement acceptable. Son caractère répressif ne respecte pas les accords Olivennes et la proposition de la ministre de la Culture ».

mardi 28 octobre 2008

Le feuilleton Hadopi : Mouchard pour tous !

27 octobre : Dans le cadre de la détection de l'adresse IP d'un pirate, comment s'assurer que le titulaire de la ligne est bien celui qui a tenté un téléchargement illégal ? Quel peut-être le recours d'un internaute qui se serait fait pirater sa ligne ? Comment un internaute peut-il démontrer sa bonne foi ? Dans son rapport, la Commission des Affaires culturelles du Sénat propose une solution... inquiétante : la mise en place d'un logiciel espion, pas moins ! Selon le rapport, « une solution serait de proposer aux titulaires de l'accès des conditions analogues à celles qui sont actuellement acceptées par les utilisateurs de logiciels de sécurité (antivirus, pare-feu, contrôle parental...) : en effet, certaines licences d'utilisation de ces logiciels prévoient un dialogue à distance automatique et régulier entre le logiciel et le serveur de l'éditeur, pour vérifier l'état des mises à jour. Cela comprend l'envoi, par l'ordinateur de l'utilisateur, de données précisant son identifiant et son état de fonctionnement. Dans le cas présent, le serveur de l'éditeur du logiciel vérifierait, à chaque connexion, que les dernières mises à jour ont été installées. Les informations recueillies, conservées douze mois, attesteraient de l'activité du logiciel. Le titulaire de l'accès invoquant la cause d'exonération pourrait ainsi, dans l'hypothèse où l'HADOPI lui adresserait une demande de justificatifs, produire le fichier de "logs" qu'il aurait alors demandé à l'éditeur de son logiciel. [...] Il conviendrait à cet égard de prévoir à la charge des fournisseurs de moyens de sécurisation une obligation d'information, par exemple sous la forme d'une étape dans le processus de désactivation où il serait demandé à l'utilisateur de certifier qu'il a bien pris connaissance des risques encourus en cas de désactivation ». En bref, outre une surveillance généralisée, le Sénat prône un fichage généralisé des internautes. Il semble donc apprécier un futur à la Big Brother...
Un autre amendement risque de faire polémique. Le rapporteur Michel Thiollière proposera en effet de « compléter le code de l’éducation afin de prévoir une information des élèves sur les risques liés aux usages d’Internet, sur les dangers du piratage des œuvres culturelles pour la création artistique et sur les sanctions possibles ». Cette connaissance sera vérifiée « dans le cadre du Brevet informatique et Internet (B2i) que préparent désormais tous les élèves ». C'est fou ce que le lobbying permet d'obtenir...

Pendant ce temps, la révolte gronde du côté des FAI. Tandis que Xavier Niel, le directeur général délégué d'Iliad (Free), s'est inscrit sur la pétition du magazine SVM contre le projet de loi, l'AFA juge sévèrement les propositions du Sénat. Ainsi, « réduire le débit est totalement inefficace pour lutter contre le téléchargement illégal même si ce n'est pas impossible (il est possible de passer une offre en bas débit). Le problème est que cela ralentira seulement le téléchargement avec un impact sur la VOIP et la TV. Pire, dans les zones non éligibles, cela risque de ne plus permettre la couverture de l'abonné, ce qui est donc contraire à l'objectif de réduction de la fracture numérique ». L'AFA rappelle également que le texte n'offre aucune garantie sur la graduation de la riposte (l'envoi de messages à l'internaute repéré est facultatif). Ensuite, fixer le délai de mise à disposition des films en VoD 6 mois après la sortie en salles ne sert à rien, puisqu'un film est piraté au bout de 4 mois en moyenne. D'autre part, « une œuvre VOD est généralement proposée trois mois. Or, à tout moment les chaînes peuvent demander le retrait de ces œuvres dès qu’il y a l’ouverture de la fenêtre de la télévision payant ou en clair. C’est une possibilité qui est systématisée en pratique et le nombre d’œuvres qu’on voit dans les chiffres qui circulent ne prend pas en compte ces retraits. C’est un point que l’AFA avait demandé au Centre National de la Cinématographie mais cela n’a pas été acté finalement ». Enfin, l'AFA rappelle que depuis les accords Olivennes, les 4 réunions qui devaient se dérouler au CNC ont toutes été refusées par les ayants droit...

mercredi 22 octobre 2008

Loi Création et Internet (Hadopi) : une tentative de passage en force dans la confusion la plus totale (mis à jour le 26 octobre 2008)

Voici donc les derniers rebondissements concernant ce feuilleton à suspense.

8 octobre : Dans une lettre adressée à l'Association des Réalisateurs-Producteurs (ARP), Viviane Reding, la commissaire européen chargée de la société de l'information et des médias, indique qu'elle ne participera pas cette année aux Rencontres Cinématographiques, contrairement aux années précédentes. Explication : « C'est à mon grand regret que j'ai dû constater au cours des dernières semaines, que le secteur culturel avait lancé un débat agité et parfois polémique avec pour objectif d'inclure, dans le "paquet télécom" discuté en ce moment par les institutions communautaires (Parlement Européen et Conseil), une sorte de légalisation européenne de la "riposte graduée" sur le modèle de celle actuellement en discussion en France. J'ai toujours soutenu des solutions équilibrées et adaptées pour protéger la propriété intellectuelle et pour assurer une lutte efficace contre le piratage. J'ai regardé avec intérêt la France tester un modèle possible de la “riposte graduée”. Voilà pourquoi je regrette que la polémique entre “producteurs de contenu” et “partisans d'un internet libre” soit arrivée à des sommets tels, qu'à un certain moment, ces tentatives ont même mis en danger les propositions de la Commission européenne pour renforcer, d'une manière souple et réfléchie, la place du contenu dans la réglementation télécom, de même que la future recommandation "Contenu en ligne". [...] C'est maintenant, en premier lieu, aux instances françaises de se prononcer en la matière. Comme la Commission vient de le rappeler, l'ordre juridique communautaire laisse aux États membres une latitude suffisante pour parvenir à un juste équilibre entre plusieurs droits fondamentaux potentiellement touchés par la "riposte graduée", à savoir le droit au respect de la vie privée, le droit de la propriété (physique et intellectuelle) et le droit à des recours efficaces ainsi que le droit à la liberté d'expression et d'information. Ceci est d'ailleurs la teneur de l'amendement 138 ». En bref, afin de renouveler son poste de commissaire, Viviane Reding change de position et s'oppose donc à la riposte graduée telle que proposée par Christine Albanel, en préconisant une solution plus équilibrée. Rappelons que dès le vote de l'amendement 138, elle avait indiqué son souhait de supprimer l'amendement du texte (mais sachant que 88 % des députés européens l'avaient approuvé, sa position était devenue intenable).

9 octobre : Visiblement, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, n'a pas apprécié le communiqué de presse qui lui faisait dire qu'il repoussait la proposition de Nicolas Sarkozy de supprimer l'amendement 138. Il a en effet indiqué que ce communiqué avait été émis sans son consentement, et qu'il ne reflétait pas son point de vue ou celui de la Commission. Le communiqué a en réalité été émis par Martin Selmayr, le porte-parole de Viviane Reding ... Dénonçant le scandale, il indique officieusement son intention de revenir sur l'amendement 138.
Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy imagine une nouvelle stratégie pour contrer l'amendement 138 : il charge Luc Chatel, le secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la Consommation, de négocier avec Viviane Reding et les autres membres de la Commission pour demander que l'ensemble des dispositions relatives au droit d'auteur qui se sont glissées dans le 'Paquet Télécom' soient retirées ! Rappelons que ces amendements ont justement été adoptés sous la pression des autorités françaises et des lobbys culturels...

16 octobre : Nouveau rebondissement, pour une nouvelle stratégie de Nicolas Sarkozy. Le but est désormais de faire voter le plus vite possible le projet de loi "Création et Internet", afin de contrer le risque de blocage du texte par les institutions européennes. Une date est fixée pour l'étude par le Sénat : ce sera le 29 octobre. Conséquence immédiate : l'étude de plusieurs textes bien plus importants (loi pénitentiaire, réforme hospitalière...) sont repoussés. Immédiatement, l'association UFC-Que Choisir envoie une lettre ouverte à José Manuel Barroso, en lui demandant d'intervenir pour empêcher le gouvernement français d'entamer l'examen du projet de loi. En effet, « la Commission européenne doit rendre le 23 octobre, un avis sur la compatibilité au droit communautaire de la riposte graduée ». Or, sans attendre cette décision, le gouvernement français « a inscrit, à la hussarde, le projet de loi Création et Internet à l'ordre du jour du Sénat ». De plus, l'amendement 138 menace le projet de riposte graduée, et plusieurs pays dont le Danemark et la Suède se sont déjà opposés à ces méthodes répressives. Rappelons que selon l'article 934 de la directive 98/34/CE, un État-membre doit reporter un projet de loi de douze mois si parallèlement les instances européennes travaillent sur une directive, un règlement ou une décision sur un sujet semblable. En conclusion, l'association demande à la Commission « de bien vouloir repousser l’adoption du projet de loi susvisé et inviter la France à privilégier à la logique du "tout répressif du projet de loi", le juste équilibre entre rémunération des artistes et intérêt des consommateurs promu par l’Union européenne ».

18 octobre : Le sénateur de Vendée, Bruno Retailleau (sans étiquette) critique à son tour le projet de loi au nom de la Commission des affaires économiques. « Je trouve le texte déséquilibré, c'est-à-dire répressif sans contrepartie pour le consommateur ».

21 octobre : Christine Albanel a expliqué devant la Commission des Affaires culturelles du Sénat les grandes lignes du projet. Il sera extrêmement intrusif et répressif. Il est en effet prévu l'envoi de 10.000 messages d'avertissement par e.mail par jour, et 3000 envois par jour de courrier en recommandé pour les récidivistes. En outre, 1000 décisions seront prises quotidiennement par l'Autorité (Hadopi), qui pourra déboucher sur une suspension de l'accès Internet pour une durée de 3 mois à 1 an (1 à 3 mois en cas de négociations). L'abonnement Internet ne sera pas suspendu sur cette période. L'Autorité sera composée de magistrats et d'agents publics indépendants, sans rapport avec les industries de la musique et du cinéma. Le budget est confirmé : 6,7 millions d'euros en 2009. Selon la ministre de la Culture, le texte n'est pas liberticide car la « liberté de communication ne peut-être invoquée pour faire échec au droit de la propriété intellectuelle » et l'accès Internet ne serait pas une liberté fondamentale. Concernant la coupure de l'accès Internet en cas d'offre Triple Play, Christine Albanel indique que des solutions techniques existent, mais cela devrait nécessiter un budget supplémentaire de 3,5 millions d'euros pour l'ensemble des FAI (des discussions sont en cours avec les FAI sur ce financement). L'identité des internautes identifiés ne sera pas transmise aux ayants droit, seule l'Autorité en aura connaissance. Enfin, aucun point du texte n'aborde la promotion du téléchargement légal ou la suppression des DRM.
Pendant ce temps, la Commission européenne a accepté l'amendement 138, donnant donc tort à Nicolas Sarkozy. En conséquence, pour pouvoir le supprimer, le gouvernement français va devoir trouver une majorité qualifiée (ce qui risque d'être très difficile). De toute façon, si la Commission supprime l'amendement, les eurodéputés ont déjà annoncé qu'ils le réintègreront en seconde lecture.

22 octobre : Vu l'impopularité du texte avant même son examen par le Sénat et les menaces européennes, l'industrie musicale française va tenter un dernier coup de poker. Le 28 octobre, donc la veille de l'ouverture des débats parlementaires sur la riposte graduée, devrait être annoncé l'abandon des DRM sur les catalogues de productions musicales françaises. Rappelons que cette promesse faisait parti des accords Olivennes, mais ne devrait être mise en œuvre que sous un délai maximal d'un an après la mise en place de la riposte graduée. Il n'est toutefois pas certain que les sénateurs se réjouissent de cette annonce, puisque cet abandon confirme surtout l'inutilité de toute la partie sur les Moyens Techniques de Protection des œuvres de la loi DADVSI, loi qui avait été votée dans la précipitation et le chaos... Il faut également noter que cette promesse n'était pas difficile à tenir, puisque les majors ont les uns après les autres abandonnés les DRM, devant l'hostilité des consommateurs.

23 octobre : Un rapport de la commission des affaires culturelles du Sénat indique que 50 amendements vont être proposés dans le cadre de l'étude du projet de loi Création et Internet, dans le but de donner une légitimité à la haute autorité (Hadopi), afin de contrer l'amendement 138. Ainsi, elle serait désignée comme une personne morale, ce qui lui apporterait un statut avec des droits, des obligations et des responsabilités juridiques. Elle pourrait non seulement être saisie par les ayants droit de l'industrie culturelle, mais également par les éditeurs de logiciels et les entreprises de communication audiovisuelle. Elle serait dans l'obligation de rendre des comptes via un rapport annuel. Ses membres seraient indépendants (aucune fonction au sein de l'industrie musicale ou cinématographique) et seraient tenus au secret professionnel.
Autre proposition, une sanction alternative à la suspension de la ligne pourrait être mise en œuvre dès que la technologie le pourra. Il serait ainsi possible de continuer à accéder à sa boite e.mail, ou encore aux sites de téléchargement légaux, voire même restreindre la bande passante. Il s'agit en réalité d'une proposition émise par CopeerRight Agency, qui avait été fournie gracieusement au président de la Commission et rapporteur du texte, Michel Thiollière... En outre,  l'Hadopi serait amené à à délivrer un label pour les plateformes légales, et à évaluer les expérimentations de filtrage et de reconnaissance des contenus. Néanmoins, les sénateurs ne souhaitent pas qu'un juge soit en mesure de prononcer une mesure de filtrage.
Petite nouveauté, la Commission souhaite imposer aux ayants droit la mise en place d'un accord pour remettre en ordre la chronologie des médias. Côté FAI, le rapport suggère de faire modifier le contrat des FAI pour indiquer les sanctions encourues, et d'imposer aux FAI la fourniture d'un moyen de sécurisation de l'accès Internet, parmi ceux que l'Hadopi proposera. http://senat.fr/dossierleg/pjl07-405.html

24 octobre : Le gouvernement a déclaré l'urgence du texte. Autrement dit, il n'y aura qu'une lecture au Sénat, puis une à l'Assemblée Nationale, avec une possible Commission paritaire avant la validation du texte. Voilà qui risque de relancer une polémique équivalente à celle qui avait secoué les Parlements avec la loi DADVSI. Pourtant, cette mesure d'urgence n'a aucun sens. En effet, l'Assemblée Nationale vient de reconnaitre que face à son agenda très chargé, le projet de loi Création et Internet ne pourra y être étudié qu'en janvier ou février 2009.
Pendant ce temps, le SNEP a envoyé un nouveau document de propagande aux sénateurs, qui fait très souvent appel à de la désinformation...

A suivre...

mardi 21 octobre 2008

Plan Numérique 2012 : de bonnes intentions... et des mauvaises aussi ? (mis à jour le 22 octobre 2008)

C'est finalement Eric Besson seul qui a dévoilé le plan Numérique 2012, le président de la République étant toujours occupé par la préparation prochain sommet international sur la crise financière. Le Plan regroupe désormais 154 actions, dont la grande majorité étaient attendus (pour ne pas dire déjà en cours). En voici les principales :

- permettre à tous les Français d'accéder aux réseaux et aux services numériques : un appel à candidatures sera lancé en 2009 afin de proposer un accès universel (comprendre pour tous les français, y compris dans les DOM-TOM) au haut débit (au minimum 512K) d'ici 2010 pour un tarif inférieur à 35 € par mois (matériel compris). On peut se demander quel opérateur à part France Telecom peut proposer une offre avec une couverture totale en France... Le gouvernement veut également simplifier la réglementation technique d'ici fin 2008 en matière de pose de fibre optique et publier d'ici la fin de l'année les premiers décrets d'application sur la politique de développement de la fibre optique, avec un objectif de 4 millions d'abonnés à une offre très haut débit d'ici 2010. Concernant la licence 3G, la situation n'est pas très claire, car si le secrétaire d'Etat a confirmé l'appel d'offres 3G pour la bande des 2,1 GHz début 2009 (avec des obligations renforcées envers les MVNO et une amélioration de la couverture du territoire, ce qui va conforter les opérateurs en place), puis a précisé que courant 2009 sera indiqué les conditions d'attribution pour la bande des 2,9 GHz, et a enfin annoncé le lancement d'une procédure d'attribution d'ici fin 2009 de la tranche de fréquence 768/790 MHz pour l'accès à Internet haut débit mobile grâce à la libération des fréquences de la TV analogique, il s'est bien gardé d'indiquer si de nouveaux entrants pourront y participer. Tout juste à t-il indiqué : « Les critères de concurrence favoriseront en particulier des candidats nouveaux entrants ou opérateurs déjà en place qui proposeront de meilleures conditions aux opérateurs mobiles virtuels. Il ne s'agit donc ni d'imposer ni d'exclure un quatrième opérateur ». Il faut toutefois noter que le gouvernement n'a pas suivi les conseils de l'ARCEP, qui déconseillait un découpage des lots. Cette procédure va conforter les 3 opérateurs actuels, puisque l'Etat pourrait empocher dans cette opération environ 1,4 milliard d'euros, bien plus donc que pour une licence 3G. Il y a donc fort à parier que la quatrième licence 3G est bel et bien morte. Enfin, outre le déploiement de la TNT, le déploiement de la TMP (télévision mobile personnelle) vise une couverture de 70 % de la population d'ici 2012.

- développer la production et l'offre de contenus numériques : en dépit du bon sens, Eric Besson souhaite imposer les DRM sur l'ensemble des œuvres numériques cinématographiques (on a vu le résultat sur les œuvres musicales...) : « les DRM sont les seules à même de faire respecter la chronologie des médias et les fenêtres d'exploitation successives, dont dépend le financement de toute l'industrie de contenus filmés ». Les technologies de marquage seront en revanche préférées aux DRM pour la musique. Un observatoire public des technologies de marquage de contenus sera mis en place, et un groupe de travail sera formé pour étudier la détection des contenus protégés lors de leur envoi sur des sites de partage. Un répertoire national des œuvres numériques protégées sera mis à la disposition des acteurs du net, et le ministère de la Culture mettra au point une « Charte d'engagements réciproques » sur le sujet. La commission sur la redevance portant sur la copie privée sera comme prévue revue. Enfin, Eric Besson semble être en faveur de la neutralité du net : « Le choix d’un mode d’accès ne doit donc pas conditionner les services auxquels l’on peut accéder. Il n’est pas envisageable que les services et les contenus de l’Internet ne soient plus disponibles à tous les internautes, parce que certains fournisseurs d’infrastructure en auraient acquis l’exclusivité ». C'est très clairement Orange qui est visé par ces propos, en particulier avec les services Orange Foot, Orange Cinéma Séries et Orange Rewind TV, qui sont exclusifs à l'offre ADSL d'Orange. Le secrétaire d'Etat menace ainsi de faire appel au Conseil de la concurrence pour que cesse ces exclusivités.

- accroître et diversifier les usages et les services numériques : soutien à la création de jeux vidéo avec une refonte du cadre juridique, promotion de l'affichage séparé des prix des logiciels et du système d'exploitation préinstallés (rien d'obligatoire, même si Eric Besson évoque la mise en place d'un groupe de travail pour étudier la généralisation de cette pratique), multiplication des PC dans les écoles, émission en prime time pour expliquer le numérique, création de 1000 postes "d'ambassadeurs du numérique" chargés de promouvoir Internet et les logiciels informatiques auprès des entreprises, promotion du télétravail, création d'une carte d'identité numérique pour prouver son identité sur Internet, généralisation de l'accusé de réception en ligne, renforcement de la lutte contre la cybercriminalité et de la protection des données personnelles.

- moderniser la gouvernance de l'économie numérique : création du Conseil National du Numérique (regroupant le CTA, le CST, le FDI, le CCI, le CSTI et le CCSTIC), promouvoir le renforcement du rôle des états au sein de l'ICANN, adopter IPv6 dans tous les appels d'offres publics, et encourager la création de noms de domaine génériques (gTLD) par des entreprises françaises.

Il faut bien avouer que cette liste à la Prévert est surtout une suite de déclarations d'intention, qui ne repose sur rien de concret. Pire, aucuns moyens financiers ne semblent être alloués à cet exercice, qui va donc finir par être périlleux pour le secrétaire d'Etat...
On regrettera également que la place laissée aux logiciels libres soit très restreinte. Visiblement rajouté à la dernière minute, la phrase « le logiciel libre représente un potentiel économique et industriel considérable » risque de faire grincer les dents des responsables de l'association April (Association de promotion et de défense du logiciel libre) qui dénonçait l'absence de la notion de logiciel libre dans le rapport préliminaire. Aucune de leurs propositions ne sont retenues (atteindre un objectif de 20 % de logiciels open source dans les marchés publics ou considérer l'aide au logiciel libre comme du mécénat).
Autant dire que les critiques pleuvent déjà sur le texte. Malgré quelques bonnes intentions (droit à Internet, dividende numérique), l'UFC-Que Choisir reste pessimiste sur l'attribution de la quatrième licence 3G, et déplore l'absence des logiciels libres. Le député socialiste Christian Paul dénonce « une ambition au rabais » pour le déploiement du très haut débit : « La fracture numérique est devant nous » souligne t-il. Outre l'absence des logiciels libres, l'association April dénonce « l’apologie systématique des DRM » mais salut la volonté affichée en matière de vente liée. C'est plutôt ce point qui inquiète l'Afdel (Association française des éditeurs de logiciels) qui, si elle applaudit la place consacrée au secteur du logiciel dans le plan, s’interroge sur le « rapport véritable entre vente découplée hardware/software et développement du secteur de l’édition de logiciels ». Enfin, l'Asic (Association des services Internet communautaires) est plutôt positif, en particulier sur le maintien du statut d'hébergeur, et espère que « ce plan marque aussi un changement d’approche politique de l’Internet en France : considérer globalement la Toile comme une opportunité plutôt qu’une menace ». Cela reste à démontrer. http://francenumerique2012.fr/

Mise à jour du 22 octobre 2008: Eric Besson n'en démord pas. « Sur la quatrième licence [3G], je dis et je redis que toutes les options restent ouvertes. Cela veut dire qu'il y aura peut-être un quatrième entrant dès l'année prochaine ». Mais sachant que le coût de la licence sera un des critères importants (l'Etat espère empocher entre 800 millions et 1 milliard d'euros au lieu du prix initial de 619 millions d'euros, alors que Free ne proposait que 141 millions d'euros dans sa réponse à l'appel d'offres sur l'attribution de la quatrième licence), inutile de dire que les 3 opérateurs en place vont rafler les fréquences disponibles sans aucun problème... Si Free est encore confiant (« Tout n’est pas joué, cela va dépendre du poids de chaque critère dans la sélection », selon Maxime Lombardini, le directeur général de Free), les 3 opérateurs mobiles annoncent déjà la couleur. Jean-Bernard Lévy, le président de Vivendi (maison mère de SFR), a ainsi déclaré : « Les opérateurs existants sont enfin autorisés à participer à l'appel d'offres. Depuis sept ans, ils en étaient exclus. Résultat, ces fréquences ne trouvaient pas preneur. La concurrence est forte en France, les prix sont bas, il n'y a donc pas de marge de manœuvre pour un nouvel entrant ».

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