Après plusieurs mois de négociations infructueuses, le feuilleton Yahoo-Microsoft arrive enfin à son terme. Plutôt que d'envisager un rachat du premier par le second, les deux nouveaux partenaires ont préféré mettre en commun leurs moyens pour une durée de 10 ans afin de créer des synergies dans le but de partir à l'assaut de leur ennemi commun, Google.

Concrètement, comment cela va-t-il fonctionner ?
Dans un premier temps, Yahoo va apporter l’ensemble de ses technologies de recherche à Microsoft, afin d'enrichir Bing.com qui deviendra dès lors le moteur de recherche exclusif sur son portail. Cette phase devrait prendre 24 mois. Yahoo va également prendre en charge la gestion des annonceurs pour les 2 groupes, en intégrant la plateforme Microsoft AdCenter à sa régie publicitaire (en abandonnant donc sa plateforme Panama).

Yahoo estime que l'opération lui fera économiser 700 millions de dollars par an, d’autant que Microsoft l’indemnisera en partageant une partie de ses revenus, et en lui payant le coût d’acquisition du trafic sur une base de 88 % des revenus générés par les recherches sur le site de Yahoo sur une durée de 5 ans.  En outre, Microsoft va garantir les revenus de son partenaire pour les 18 premiers mois après l’intégration de Bing, et ceci dans tous les pays. Il faut noter qu’une information a fuité suite à une présentation de Microsoft, qui indique que l’éditeur table sur une perte de 300 millions de dollars pendant les 2 premières années, ainsi que sur des coûts de transition de 600 à 700 millions de dollars, avant de pouvoir générer à nouveau des profits.

Les 2 groupes précisent que la vie privée des internautes sera respectée par cet accord. Seules les données nécessaires au bon fonctionnement du moteur de recherche seront partagées, les informations confidentielles du profil des utilisateurs ne seront pas échangées. Chaque société continuera d’opérer ses différents services (e.mail, messagerie instantanée…) de manière indépendante.

Si pour les analystes le rapprochement des 2 sociétés est une bonne idée, la manière compliquée dont elle est effectuée laisse songeur. Un simple rachat de Yahoo aurait été nettement plus efficace... Et le résultat de l’alliance face à Google reste incertain. Par exemple, si les API de Yahoo comme SearchMonkey et BOSS (Build your Own Search Service) sont abandonnés (ce qui n’a pour le moment pas été confirmé), nul doute que les développeurs vont très vite se tourner vers ceux de Google…Rappelons également que l’audience du moteur Google est très élevée aux USA selon Comscore (65 % des recherches), loin devant Yahoo (19,6 %) et Bing (8,4 %). Et dans le reste du monde, Yahoo et Bing sont presque inexistants, puisque la part de marché de Google dépasse allègrement les 80 voire 90 % dans certains pays.

L’opération reste néanmoins une victoire pour Microsoft, qui met la main sur le flux de requêtes que génère Yahoo pour enrichir son moteur de recherche, sans pour cela avoir besoin de racheter la société. Quant à Yahoo, il ne lui reste plus rien à défendre, si ce n’est son activité de messagerie. Les actionnaires de Yahoo ne s’y sont pas trompés, puisque le cours de l’action a chuté de 12 % suite à l’annonce (il s’était déjà effondré de 52 % depuis le retrait de l’offre de rachat de Microsoft).

L’opération a été soumise aux autorités de régulation américaine et européenne, la réponse n’est pas attendue avant début 2010. Enfin, un site spécial a été mis en place pour l’occasion : http://www.choicevalueinnovation.com/

Mise à jour du 9 août 2009 : Quelques détails supplémentaires ont été dévoilés. Si Microsoft reversera 88 % des revenus publicitaires à Yahoo pendant 5 ans, cette part pourra augmenter pour passer à 90 % pendant les 5 années suivantes, voire même à 93 % su Microsoft souhaite récupérer l'exclusivité sur la vente de publicités sur ses propres sites. Néanmoins, si Yahoo ne veut pas céder l'exclusivité, le reversement chute à 83 %.
D'autre part, Microsoft va verser 50 millions de dollars par an pendant 3 ans pour couvrir les frais de la transition, et l'éditeur va récupérer 400 employés de Yahoo chargés du moteur de recherche. Enfin, plusieurs portes de sortie sont offertes à Yahoo, en particulier si le revenu moyen de recherche tombe sous un certain pourcentage de celui de Google, si leur part de marché cumulé chute ou si Microsoft cède son activité de recherche sur Internet.