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jeudi 11 juin 2009

Hadopi : Le Conseil Constitutionnel annihile la riposte graduée

Conseil ConstitutionnelC’est une nouvelle claque magistrale, et pour tout dire historique, que le Conseil Constitutionnel vient d’infliger au gouvernement et la majorité présidentielle. Il vient en effet de faire imploser en vol le projet de loi Création et Internet en censurant le cœur du projet, autrement dit le pouvoir de sanction de l’autorité lié au principe de la coupure d’accès à Internet, qui était l’élément principal de la fameuse riposte graduée. C’est en effet une décision historique (et prévisible), car selon les juristes, l’avis du Conseil est l’un des plus sévères de ces 10 dernières années. Comme l’a indiqué au journal Le Monde le professeur de droit constitutionnel Dominique Rousseau, « cette censure est nette, sans appel, claire et particulièrement motivée […] Le Conseil constitutionnel offre une motivation particulièrement sévère, puisqu'il accuse le gouvernement, à l'origine de cette loi, d'avoir méconnu à la fois la liberté d'expression, le principe de la séparation des pouvoirs et la présomption d'innocence ».

Le premier point soulevé dans l’avis des sages est le suivant, et il est essentiel : « la liberté de communication et d'expression, énoncée à l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, fait l'objet d'une constante jurisprudence protectrice par le Conseil constitutionnel […] Cette liberté implique aujourd'hui, eu égard au développement généralisé d'internet et à son importance pour la participation à la vie démocratique et à l'expression des idées et des opinions, la liberté d'accéder à ces services de communication au public en ligne ». Autrement dit, et pour la première fois en France, Internet est reconnu comme un droit fondamental, et par conséquent seule l’autorité judiciaire est autorisée à en priver l’accès. Et le Conseil enfonce le clou : « le rôle de la Haute autorité est d'avertir le téléchargeur qu'il a été repéré, mais pas de le sanctionner ». On ne peut être plus clair…

Ce point est un double camouflet pour le gouvernement. D’une part, sur un plan national, il contredit les paroles de Christine Albanel à l’Assemblée Nationale et rend impossible toute automatisation des sanctions comme le souhaitait la ministre. D’autre part, sur un plan européen, Nicolas Sarkozy se couvre de ridicule, puisque le Conseil Constitutionnel confirme intégralement l’amendement Bono, que le gouvernement et l’UMP tentaient de faire invalider, au point même de retarder la directive Paquet Télécom (alors que dans le même temps Christine Albanel prétendait que la décision du Parlement Européen n’avait pas de conséquence sur son projet de loi). L’adoption de l’amendement Bono, et donc le déblocage de la directive Paquet Telecom, semble désormais inéluctable. Plus important : Internet ayant désormais un statut de droit fondamental en France, les futurs projets de filtrage du web (tels que la LOPSI 2) devront en tenir compte. Ainsi, il ne sera possible de priver les internautes  de l’accès à un site qu’en cas de force majeure, ce qui réduit considérablement le pouvoir de nuisance de ces lois. Le Conseil précise à ce sujet que les mesures de filtrage ne pourront être ordonnées qu’après une procédure contradictoire (pour permettre aux éditeurs de contester la demande), le tribunal ne pouvant en outre prononcer que des mesures « strictement nécessaires à la préservation des droits en cause », ce qui devrait rassurer les FAI et les hébergeurs qui devaient selon le texte de loi mettre en œuvre « toutes mesures propres à prévenir ou à faire cesser » une violation des droits d’auteur.

Le second point soulevé dans l’avis concerne le renversement de la charge de la preuve : « en méconnaissance de l'article 9 de la Déclaration de 1789, la loi instituait ainsi, en opérant un renversement de la charge de la preuve, une présomption de culpabilité pouvant conduire à prononcer contre l'abonné des sanctions privatives ou restrictives du droit ». Autrement dit, ce ne sera plus aux internautes de prouver leur innocence en cas d’accusation (ce qui était quasiment impossible), mais à la justice de prouver sa culpabilité.  En conséquence, les outils de sécurisation, qui devaient permettre aux internautes d’apporter la preuve de leur innocence  par le respect de l’obligation de surveillance, perdent une grande part de leur intérêt puisque leur labellisation par l’Hadopi n’aura plus qu’une simple valeur informative.

Ces points étant fixés, une bonne partie du texte de loi s’écroule logiquement comme un château de cartes. Ainsi, le Conseil Constitutionnel supprime le fichage des internautes sanctionnés, et impose une nouvelle autorisation de la CNIL concernant le traitement des infractions. Néanmoins, il faut souligner que si en l’état actuel le projet de loi ne permet plus que l’envoi d’e.mails et de courriers aux internautes, le Conseil a validé une grande partie du texte. Il accepte en particulier l’obligation de surveillance de l’utilisation de l’accès Internet par l’abonné, et il autorise le volet pédagogique du projet face au piratage massif qui se développe sur Internet.

Bien évidemment, Christine Albanel se réjouit que « le processus pédagogique de prévention du piratage ait été adopté par le Conseil Constitutionnel ». Elle regrette toutefois « de ne pouvoir, comme le Gouvernement et le Parlement l’avaient souhaité, aller jusqu’au bout de la logique de "dépénalisation" du comportement des internautes, en confiant à une autorité non judiciaire toutes les étapes – y compris le prononcé de la sanction – du processus ». Néanmoins, celle qui avait annoncé qu’elle démissionnerait si la loi n’était pas adoptée n’entend pas s’avouer vaincue. Pour respecter le calendrier initial, elle envisage de promulguer rapidement le texte amputé des points litigieux soulevés par le Conseil Constitutionnel, ce qui permettrait d’envoyer les premiers e.mails d’avertissement dès la rentrée, puis de proposer (pour la quatrième fois) à l’Assemblée Nationale d’ici octobre un texte remanié prenant en compte l’autorité judiciaire pour la phase de la sanction. Elle a dans cette optique annoncée que neuf TGI seraient créés dans les régions pour gérer les contentieux. Mais la ministre semble improviser, puisqu’elle a également indiqué que les juges pourraient proposer des sanctions alternatives à la coupure de l’accès Internet, comme par exemple des amendes. Bien évidemment, de nombreuses questions restent sans réponse : par exemple, comment prouver la culpabilité d’un internaute, sachant que plusieurs procès récents ont abouti à la relaxe des suspects à cause de la non-fiabilité de l’adresse IP ? Comment rendre un tel dispositif efficace si la procédure de sanction passe par des tribunaux déjà fortement encombrés ?

Parmi les autres réactions, citons le député socialiste Christian Paul : « la loi Hadopi est touchée au cœur. Replâtrer Hadopi, ce serait persister dans l'erreur. Il va falloir que Nicolas Sarkozy lève la fatwa qu'il avait jetée sur les internautes ». Pour le député-maire socialiste Patrick Bloche, « nous sommes heureux que le Conseil constitutionnel ait rejoint notre position. C'était un texte perdant-perdant. Perdant pour les internautes, perdant pour les artistes. Pour les internautes, la censure du texte est ce qu'il y a de mieux. Cette décision justifie les dizaines d'heures passées dans l'Hémicycle. Internet est un droit fondamental, et une autorité administrative ne peut pas restreindre ces libertés individuelles ». Pour la députée Verts Martine Billard, « cette décision réaffirme le principe de la présomption d’innocence et reconnaît le droit fondamental à l’accès internet y compris depuis son domicile. La suppression de la sanction du manquement à l'obligation de surveillance de sa connexion renvoie cette mesure scandaleuse aux oubliettes de l'histoire ». Pour Guy Bono, « c’est une énorme claque pour Nicolas Sarkozy qui s’était personnellement impliqué dans ce dossier et pire encore pour Mme Albanel qui a porté le projet de loi Création et Internet depuis près d’un an et demi. Dans n’importe quel autre pays européen, le ministre de la Culture aurait déjà démissionné depuis longtemps ». Pour Jérémie Zimmermann, le porte-parole du collectif La Quadrature du Net, « c'est une grande victoire pour les citoyens qui ont prouvé qu'ils pouvaient agir ensemble pour protéger leur liberté. La riposte graduée est finalement enterrée. Il ne reste qu'une immense machine à spams pour les industries du divertissement et payée par le contribuable ». Du côté de la majorité présidentielle, c’est l’acharnement qui prime. Pour Frédéric Lefebvre, « ce texte nous le voulons, nous l'aurons ». Pour le rapporteur du texte, Frank Riester, « cette décision ne remet pas en cause l'esprit de la loi et les principes de la riposte graduée. Simplement, la décision de la suspension de l'abonnement sera prise par le juge ». En revanche, du côté des industries culturelles, c’est la douche froide. L’UFPI (Union des producteurs phonographiques français indépendants) se dit consternée : « Selon nous, celle loi n'a plus aucun intérêt ». Enfin, le SNEP (Syndicat national de l'édition phonographique) a exprimé sa déception : « Bien sûr, c'est une déception parce qu'on reperd du temps. Mais il faut retenir que l'Hadopi existera, qu'elle enverra des messages d'avertissement : ça ne règlera pas tout, mais pour nous, c'est très important […] En renvoyant au juge la responsabilité de prononcer des sanctions, le Conseil constitutionnel replace les téléchargements illégaux sur Internet dans le champ des sanctions applicables à la contrefaçon et renforce ainsi le caractère dissuasif des messages envoyés par l'Hadopi […] Le vrai problème, ce sont les moyens matériels à mettre en œuvre pour que la justice puisse agir efficacement et rapidement ». Et de conclure fort justement : « la course d'obstacles olympiques n'est pas terminée »…

Mise à jour du 14 juin 2009 : Sans surprise, la Commission Européenne s'est félicitée de la position du Conseil Constitutionnel qui pourrait permettre de débloquer la directive Paquet Telecom : « Nous invitons les Etats membres à analyser cet arrêt avec beaucoup de prudence et à réfléchir [pour] faire le dernier pas et se mettre d'accord [sur] une importante réforme du marché des télécoms dans l'Union Européenne ». Néanmoins, la France pourrait s'entêter, car accepter l'amendement Bono constituerait un précédent qui pourrait inciter les députés européens à user davantage de leurs pouvoirs contre les Etats membres. Toutefois, la France semble désormais isolée dans ce dossier.

mercredi 10 juin 2009

Coup d’arrêt pour le site pirate SnowTigers

SnowTigers Les administrateurs français du site warez semi-privé SnowTigers, qui est l’un des plus importants trackers BitTorrent (1969ème site le plus visité au monde selon Netcraft), ont été interpellés en région parisienne et à Toulouse suite a une plainte de l’Alpa (Association de lutte contre le piratage audiovisuel). 21 serveurs et des supports de sauvegarde des bases SQL du site ont été saisis en France, toutefois la majorité des serveurs du site se situent en dehors du pays (Pays-Bas et Canada principalement) et auraient été depuis vidés de leurs contenus. L’Alpa estime qu’il s’agit d’une « organisation clairement criminelle [...] qui a engrangé plusieurs centaines de milliers d'euros » (une estimation néanmoins contestée). Le site, qui était accessible uniquement sur invitation, possédait en effet plus de 143.000 membres actifs, et proposait des films, logiciels, jeux et musiques piratés. L’Alpa menace désormais les utilisateurs de ce site de représailles, en particulier ceux ayant fait des dons via Paypal ainsi que « les très gros utilisateurs ». D’autres sites pourraient être inquiétés, en France et à l’étranger, car SnowTigers était en relation avec plusieurs réseaux warez dans le monde entier.

Les 10 personnes interpellées risquent de lourdes sanctions. Pour preuve, dans une autre affaire, l’administrateur français du site Torrentnews.net vient d’être condamné à 4 mois de prison avec sursis, 16.000 € de dommages et intérêts, 1.500 € d’amendes au bénéfice de la Sacem pour préjudice moral, et la publication à sa charge de la condamnation dans un journal à hauteur de 2.000 €. Bien qu’il n’hébergeait pas de contenus, le tribunal a considéré qu’il était éditeur (au sens de la loi LCEN) d’un forum de liens, et donc responsable des messages et des liens postés. Il aurait décidé de faire appel.

Mise à jour du 14 juin 2009 : Les enquêteurs ont dévoilé qu'ils avaient saisi entre 40 et 50 téraoctets de données sur des serveurs en France, aux USA, au Canada et aux Pays-Bas, avant que le contenu de ces serveurs ait été effacé. Il y aurait eu au maximum 250.000 utilisateurs sur une durée de 2 ans.

dimanche 10 mai 2009

Le feuilleton Hadopi : l’amendement Bono est de nouveau adopté par les eurodéputés !

Le Parlement européen a une fois de plus montré sa défiance vis-à-vis de la riposte graduée à la française. L’amendement 138/46 ou amendement Bono/Cohn-Bendit, qui oblige les états membres à faire appel à l’autorité judiciaire avant toute suspension de l’accès à Internet, a en effet encore été adopté massivement par les eurodéputés (407 pour, 57 contre et 171 abstentions), au détriment du texte de compromis proposé par Catherine Trautmann. Il faut signaler que cette dernière a elle-même appelé à voter pour l’amendement Bono, après que présidente de séance ai accepté d’inverser à nouveau l’ordre des votes (cf article « Le feuilleton Hadopi : le texte en passe d’être adopté par les députés ») à la demande des Verts…  C’est donc un nouveau camouflet pour Nicolas Sarkozy et la loi Création et Internet, puisque c’est la cinquième fois que l’amendement est voté contre la volonté du gouvernement français. On se rappellera pour mémoire que Nicolas Sarkozy avait précédemment envoyé une lettre à José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, lui demandant de supprimer ce texte… un geste que ce dernier avait sèchement refusé.

Les réactions sont évidemment enthousiastes du côté des opposants à la loi Création et Internet. « Les débats ont permis d’affirmer que l’accès Internet est bien un droit fondamental en totale contradiction avec le projet Hadopi actuellement débattu à l’Assemblée nationale. Ce vote finit d’achever Hadopi ! », souligne Jérémie Zimmermann, le cofondateur et porte-parole de la Quadrature du Net. « Les eurodéputés - à l'exception notable des membres de l'UMP - ont ainsi réaffirmé leur attachement à la défense des droits des internautes », s'est félicité l'eurodéputé Guy Bono.

Les eurodéputés ont donc pris le risque de retarder la directive Paquet Telecom de plusieurs mois, si la France continue d’y opposer son véto. L’UFC Que Choisir s’inquiète des conséquences que le retard du Paquet Telecom (3 à 6 mois) aura sur le marché des télécoms, et appelle donc le gouvernement à revenir a la raison. Paradoxalement, la ministre de la Culture s’entête à affirmer que l’amendement Bono ne remet pas en cause la création de l’Hadopi car l’accès à Internet ne serait pas selon elle une liberté fondamentale. Mais alors pourquoi la France refuse-t-elle donc d’accepter l’amendement ? Le Conseil des ministres européens se prononcera sur le sort du texte Paquet Telecom le 12 juin prochain : ce sera soit une adoption (une position défendue par la commissaire européenne Viviane Reding), soit (plus vraisemblablement) une troisième phase de conciliation en septembre prochain.

mardi 5 mai 2009

Le feuilleton Hadopi : le texte en passe d’être adopté par les députés (MAJ)

L’étude du texte du projet de loi Création et Internet a repris à l’Assemblée Nationale. Sans surprise, l’ensemble des amendements de l’opposition a été rejeté, mais les débats prennent plus de temps que prévu, puisqu’il reste encore une centaine d’amendements à étudier. Néanmoins,  le vote solennel de la loi ne devrait plus être long à intervenir. Notez que Christine Albanel a souhaité que l’Hadopi soit mis en place dès cet été.

Pendant ce temps, au Parlement européen, une nouvelle manipulation politicienne risque fort de donner le coup de grâce à l’amendement Bono (qui est pour rappel un article de la directive Paquet Telecom qui menace la riposte graduée). En effet, l’administrateur de la commission ITRE (Commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie), proche de Catherine Trautmann, a réussi à inverser l’ordre de passage des amendements, plaçant le texte de compromis de Trautmann (soutenu par la France et le Conseil européen) devant celui de Guy Bono, alors que les groupes favorables au texte de ce dernier étaient plus nombreux. En outre, une précision réglementaire a été ajoutée : si le compromis est voté par les députés, il fera automatiquement sauter l’amendement Bono ! Une fois de plus, la Quadrature du Net demande aux citoyens d’alerter leurs députés pour provoquer un nouveau changement dans l’ordre des votes.

Mise à jour du 5 mai 2009 : Comme annoncé hier, le planning de l’Assemblée Nationale ne permet plus de procéder au vote solennel de la loi Création et Internet dans les temps. Il est donc repoussé au 12 mai prochain, avant un retour au Sénat où le texte devra être voté dans les mêmes termes qu’à l’Assemblée pour éviter un nouveau renvoi vers les députés. En conséquence, la date fixée par Nicolas Sarkozy pour l’adoption définitive du projet de loi, le 14 mai, ne pourra être respectée. En outre, le texte devra ensuite passer l’étape du Conseil constitutionnel, où il risque de ne pas en sortir indemne.
Pendant ce temps, des petits malins profitent de ce délai pour préparer quelques pièges à internautes. Ainsi, plusieurs noms de domaine suspects ont été déposés, tels que offreslegales.com (sous plusieurs formes, en modifiant l’orthographe ou l’extension), afin de simuler le fameux portail gouvernemental, censé référencer toutes les offres légales qui ont obtenu le label de l’Hadopi. Enfin, si l’Autorité de régulation des mesures techniques (l’Autorité de la loi DADVSI qui devrait se muer en Hadopi) a déjà pensé à déposer les domaines hadopi.com, hadopi.fr, hadopi.org, hadopi.info et hadopi.net, elle a omis quelques extensions (.tv, .be, .me, .biz) qui ont déjà été capturées par des internautes facétieux qui les ont dirigés vers des sites anti-Hadopi…

mercredi 29 avril 2009

L’UMP versera 32.500 € pour piratage du groupe MGMT

Voilà une information qui tombe à point à la veille de la reprise des débats sur la loi Création et Internet. En janvier dernier, l’UMP avait utilisé le titre Kids du groupe MGMT en fond sonore à l’occasion de plusieurs meetings, dont les vidéos avaient été diffusées sur le site du parti et sur Dailymotion. L’UMP avait bien versé des droits à la Sacem pour la diffusion de musique, mais avait omis de rétribuer le groupe MGMT pour l’utilisation de la chanson sur Internet.

Devant la tempête médiatique déclenchée par cette découverte embarrassante pour le parti à l’origine de la loi Hadopi, des négociations avaient débuté entre l’UMP et l’avocate du groupe, Isabelle Wekstein. Les premiers échanges ont été plutôt cinglants, puisque l’agence de communication du parti, Blue Advertainment (cofondée par le publicitaire Christophe Lambert et le cinéaste Luc Besson), avait proposé 1 € symbolique de dédommagement ! « Cette proposition est peu respectueuse du droit des auteurs et des artistes. Elle est méprisante » avait ainsi jugé l’avocate.

Finalement, après 2 mois de discussions, un accord a été trouvé : l’UMP versera 30.000 € de dommages et intérêts au groupe, et 2500 € au titre des frais d’huissiers et d’avocats. Notez que MGMT a choisi de ne pas garder la somme mais de la stocker dans un compte CARPA (Caisse de Règlements Pécuniaires des Avocats) avant de la reverser à un organisme de protection du droit moral, syndicat ou association de son choix.

mardi 28 avril 2009

Le feuilleton Hadopi : le texte de loi revient à l’Assemblée dans sa version la plus répressive (MAJ)

La Commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté le nouveau texte du projet de loi Création et Internet qui sera représenté aux parlementaires ce 29 avril (le calendrier étant chargé, les débats seront stoppés dès le lendemain, la séance suivante étant prévue le 5 mai). Sans surprise, le texte est désormais très proche de celui qui avait été adopté en Commission Mixte Paritaire et avait été étudié une première fois à l’Assemblée, c’est donc la version la plus dure du texte : rejet de l’amnistie des internautes poursuivis avant la mise en œuvre de l’Hadopi, rétablissement de la double peine (le paiement de l’accès à Internet ne sera pas stoppé pendant la suspension de l’accès), et l’amende comme solution alternative à la coupure de l’accès a de nouveau été rejetée. Selon le député socialiste Christian Paul, le rapporteur du texte (le député UMP Frank Riester) a même tenté de donner à l’Hadopi le pouvoir de surveiller le contenu des pièces jointes des e.mails ! Fort heureusement, cet amendement n’a pas été retenu…

Bien évidemment, des députés de l’opposition et certains députés de la majorité vont une nouvelle fois tenter de proposer des amendements pour limiter les effets pervers du projet de loi, qui sera étudié à l’Assemblée avant d’être examiné par le Sénat (avec un possible retour à l’Assemblée en cas de divergence des textes). Mais à moins d’un nouveau coup de théâtre (peu probable), le texte devrait être adopté, puisque le président du groupe UMP de l’Assemblée, Jean-François Copé, a cette fois mis en garde les députés de son camp contre leur absentéisme dans une lettre, ou il affirme que « ce n’est désormais plus la teneur de ce texte qui est en cause. Ce qui importe c'est le problème politique créé par son rejet surprise »…

Mise à jour du 3 mai 2009 : La première soirée de débat à l'Assemblée Nationale (qui s'est prolongée jusqu'à 1 heure du matin) a été peu constructive, les députés de l'opposition ayant épuisé tous leurs recours pour retarder les débats. Les députés de la majorité ont été systématiquement plus nombreux à l'occasion de chaque vote. La séance a néanmoins été particulièrement houleuse. Les reproches faits au texte sont nombreux : texte flou, dangereux et liberticide, obsolète, qui coûtera cher (70 millions d'euros sur 3 ans selon le Conseil général des technologies de l'information alors que Christine Albanel n'a budgété que 6,7 millions d'euros pour 2009), qui ne rapporte rien aux artistes, et qui condamne les internautes à une double (voire triple) peine. Il ne fait toutefois que peu de doutes que le texte soit désormais voté en l'état, la majorité ne souhaitant connaitre le fiasco du 9 avril dernier, où elle s'était retrouvée en minorité. La prochaine séance est prévue ce 4 mai, à 16 heures. Notez que la majorité a déjà fixé le calendrier pour le vote solennel du texte : dès ce 5 mai, alors que l'étude même du texte n'a pas encore commencé...

samedi 25 avril 2009

Le feuilleton The Pirate Bay : le juge pris en flagrant délit de conflit d’intérêt

Voila un nouveau rebondissement totalement inattendu du procès opposant les industries culturelles au site The Pirate Bay. La radio publique suédoise Sveriges Radio a en effet dévoilé que le juge Tomas Norström, qui a prononcé la peine d'un an d'emprisonnement contre les administrateurs du site, est membre de plusieurs organisations de protection du droit d’auteur. Il appartient ainsi au conseil d’administration de l’Association Suédoise pour la Protection de la Propriété Intellectuelle (Svenska föreningen för industriellt rättsskydd), et est surtout membre de l’Association Suédoise du Droit d'Auteur (Svenska föreningen för upphovsrätt), aux côtés des représentants des industries culturelles Henrik Pontén (responsable de l’association antipiratage Antipiratbyrån), Peter Danowsky (IFPI) et Monique Wadsted (avocate de plusieurs ayants droit, et en outre collègue du juge au sein du registrar Fondation .SE), qui ont constitué l’accusation durant tout le procès ! Pire, dans un courrier de 2001 envoyé et retrouvé par la défense, cette association préconisait au gouvernement de renforcer la transposition d’une directive en droit national en n’accordant pas le bénéfice de l'exemption de responsabilité aux intermédiaires techniques qui « font la promotion en tant qu'intermédiaire d'un service dont la nature est susceptible de transférer ce qui constitue des contenus [contrefaits] »… Voilà qui place le juge dans une position délicate, alors qu’il affirme que son « point de vue n'a pas été influencé par [son] investissement auprès des groupes de protection des droits d'auteur ». Il a ainsi assuré qu’à « chaque fois que je prends une affaire, je m'interroge pour savoir si mon point de vue est orienté. Ca n'a pas été le cas dans cette affaire ». Des propos qui sont déjà mis en doute, puisque plusieurs juges affirment qu’ils n'auraient pas pris l'affaire dans ces circonstances, pour respecter un minimum d’éthique. En outre, il faut savoir que juste avant le procès, un juré avait été exclu pour des raisons similaires (il était compositeur musical). Difficile de croire que le juge n’aurait pas pu s’appliquer une même décision.

Cette découverte jette donc un voile trouble sur les coulisses de ce médiatique procès, qui s’ajoute à d’autres faits plus que gênants, comme la pression exercée par les autorités américaines pour faire fermer le site, ou encore la découverte que l’un des principaux enquêteurs était employé par Warner Bros, sans oublier la fuite du verdict avant même son annonce officielle. Autant que points qui pourraient entraîner la nullité du jugement. Les avocats des administrateurs de The Pirate Bay ont évidemment saisi l’occasion, et viennent de demander une révision du procès.

mercredi 22 avril 2009

Le feuilleton Hadopi : l'Amendement Bono est réintroduit dans la directive Paquet Télécom (MAJ)

La malchance s'abat une fois de plus sur la ministre de la Culture Christine Albanel. À une semaine de la reprise des discussions suite au rejet inattendu de la loi Création et Internet à l'Assemblée Nationale, un coup supplémentaire est porté au projet de loi. C'est cette fois de la Commission ITRE (Industrie, Recherche et Energie) du Parlement Européen que provient l’attaque : elle vient en effet de réintroduire une nouvelle fois l'amendement 138/46-135 (plus connu sous le nom amendement Bono - Cohn-Bendit) dans le texte de la directive Paquet Télécom, qui avait été adopté par 88 % des députés européens avant d'être mis sur la touche par le Conseil Européen sous l'impulsion de la présidence française. Rappelons que cet amendement rend caduque la loi Hadopi, puisqu'elle indique qu'aucune « restriction aux droits et libertés fondamentales des utilisateurs finaux [d'Internet] ne doit être prise sans décision préalable de l'autorité judiciaire ». La réintroduction de l'article a d'ailleurs été votée à une écrasante majorité (40 voix pour, 4 contre et 2 abstentions). Les craintes qui avaient laissé croire que le rapporteur du texte, Catherine Trautmann, aurait pu accepter à la dernière minute une version de compromis se sont finalement envolées, puisqu'elle a rejeté toutes les propositions alternatives du Conseil Européen. Le texte devrait désormais être voté par le Parlement le 5 mai au matin... alors que le gouvernement espère que la loi Création et Internet soit votée le 5 mai après-midi!
Il faudra toutefois suivre avec attention la suite des évènements, puisque de nouveaux amendements modifiant cet article sont déjà annoncés. En outre, nul ne doute que la France, via le Conseil Européen, devrait tout faire pour bloquer le texte avant les prochaines élections européennes. http://www.europarl.europa.eu/meetdocs/2004_2009/documents/am/775/775029/775029fr.pdf

Les premières réactions
:
- Selon la Quadrature du Net, la réintroduction de l'amendement est « une gifle de plus contre la loi de Nicolas Sarkozy - la loi HADOPI instaurant la riposte graduée - et un signal fort : personne en Europe ne souhaite que soit adoptée une telle législation allant à rebours du progrès, des droits des citoyens et du bon sens [...] Nous allons suivre avec une très grande attention les négociations du Comité de conciliation, afin qu'il soit impossible pour le Conseil de mettre en danger les autres aspects du Paquet Télécom tel l'Internet égalitaire. Le moment est venu pour les États membres de réaliser que l'économie et la société peuvent ensemble bénéficier d'une infrastructure ouverte et d'une réaffirmation forte des droits ».
- Selon l'eurodéputé Guy Bono, « encore une fois, l'ensemble des députés de la Commission Industrie du Parlement européen a voté l'amendement 138 à l'exception de la droite française, reflet de son archaïsme [...] Si le gouvernement français veut un accord sur le Paquet Télécom, il doit renoncer au nom de l'intérêt général européen aux dispositions liberticides du projet de loi Hadopi ».

Mise à jour du 24 avril 2009 :
- Sans surprise, le ministère de la Culture affirme que le retour de l'amendement n'a pas d'impact sur le projet de loi Création et Internet : « sur le plan juridique, cet amendement n'empêchera pas la France d'adopter son projet de loi car la suspension de l'accès Internet à domicile après de multiples avertissements n'est pas une atteinte aux droits et libertés fondamentaux ». Aucun impact ? Et pourtant, les services de Christine Albanel indiquent qu'ils feront quand même « en sorte de préserver l'unanimité du Conseil européen »...

Mise à jour du 3 mai 2009 : C'est quelques heures avant la reprise des débats sur la loi Hadopi que la nouvelle est tombée : Catherine Trautmann a finalement cédé sous la pression du gouvernement français et du Conseil Européen, en faisant accepter un nouveau texte de compromis, adopté par le Conseil dont la France. Comme l'explique l'eurodéputé Alain Lipietz, « le compromis, permettant de contourner les réticences britanniques et polonaises (pays eurosceptiques qui ne reconnaissent pas le caractère contraignant de la Charte européenne des droits fondamentaux, mais s'opposent à la "riposte graduée" et à la DADVSI) consiste à changer de base juridique internationale et à prendre la formulation de la Convention européenne des droits de l'Homme (qui, elle, est ratifiée par tous les pays. En outre elle est accompagnée d'une riche jurisprudence protectrice des libertés. De l'avis des Verts, ce texte est encore meilleur que le texte initial de notre amendement, et surtout mieux placé et juridiquement plus solide ». Mais il semble qu'il a parlait trop vite, puisque les Verts ont peu après redéposé l'amendement Bono dans sa version initiale...
En effet, le nouvel article indique que « les mesures prises concernant l'accès des utilisateurs finaux (d'Internet) ou leur utilisation de services et d'applications à travers des réseaux de communications électroniques doivent respecter les droits fondamentaux et les libertés des individus, y compris [...] le droit à un jugement par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi et agissant dans le respect du procès équitable tel que défini par l'Article 6 de la Convention pour la Protection des Droits de l'Homme et les Libertés Fondamentales ». Dans la version originale, le texte indiquait qu'aucune restriction à une liberté fondamentale ne puisse être prononcée sans l'accord d'une autorité judiciaire, ce que n'était pas l'Hadopi. Le nouveau texte n'empêche pas la création de l'autorité administrative, mais risque de se voir condamné par l'Europe si, par exemple, le respect de la présomption d'innocence n'est pas respecté, ou encore s'il n'y a pas de séparation entre les autorités de poursuites et de jugement. Mais une telle procédure diplomatique ou judiciaire pourrait prendre plusieurs années. En bref, si le message politique est conservé, l'esprit de l'amendement est dans une forme qui le vide de toute sa substance juridique.
Le vote du Paquet Telecom par les eurodéputés est prévu le 6 mai prochain. Sauf surprise, c'est le texte du compromis qui devrait être adopté, car si ce devait être l'amendement d'origine, l'adoption de la directive serait repoussée de plusieurs mois après les élections, donc pas avant le mois de septembre, ce qui semble très improbable. En revanche, nul doute que le Parlement devrait revenir ultérieurement sur les droits fondamentaux numériques et l'établissement d'une charte, qui risque de voir bien des lobbys s'affronter.

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